Alors qu'on assiste tristement à une montée de violence et à une inquiétante résurgence du masculinisme dans les dernières années, nous nous devons de faire l'éloge de l'homme sensible, que l'on voit de plus en plus dans nos écrans québécois, et qui fait du bien comme une douce étreinte, comme une douillette chaude pendant la froide saison.
Alors que nous avons vu des générations d'hommes colériques, séducteurs ou machos défiler dans nos écrans pendant des années, ce temps semble dorénavant révolu et nous n'allons certainement pas nous en plaindre. Les auteurs et producteurs ont enfin compris qu'il fallait laisser sa place à l'homme sous toutes ses formes dans nos projets télévisuels. Exit les Jean-Paul Belleau et bienvenue aux Nicolas Bellefleur.
La saison dernière, un participant de Masterchef Québec, Louis, nous indiquait en entrevue avoir voulu participer à la compétition pour voir un autre type d'hommes à la télé : « Je voulais voir s'il y avait de la résonance, s'il y avait de l'écho dans la société pour le type de personne que je suis. » Au terme de sa participation à l'émission, Louis avait réussi à nous faire verser des larmes, en étant authentique, sincère et émotif, une manière d'être pleinement assumée. Avec ces mots, Louis évoquait un besoin important, celui de se sentir représenté à l'écran.
Cette saison, nous faisons la rencontre d'un autre homme sensible, qui fait battre notre coeur. Dans L'Amour est dans le pré, Rock vit pleinement ses émotions, autant dans sa joie de se sentir apprécié que dans sa peur de décevoir autrui. Il répètera régulièrement qu'il ne veut faire de peine à personne. Ce jeudi dans l'émission, vous verrez Rock aborder son émotivité, en indiquant qu'il ne l'assume pas toujours. Pourtant, on ne voudrait pas que cet homme change pour tout l'or du monde. Sa manière d'aborder le monde et les relations interpersonnelles est aussi cruciale que le dernier bulletin de nouvelles. Nous en avons besoin.
En fiction, l'homme sensible se fait aussi de plus en plus présent, pour notre plus grand bonheur. La série Bellefleur en a fait son cheval de bataille, nous présentant avec tendresse des hommes sincères et vrais, qui n'hésitent pas à vivre leurs émotions ensemble et en plein jour. Dans Indéfendable, Maître Lapointe représente bien cet homme qui sait accueillir ses émotions lorsqu'elles viennent. Tel un bon père de famille, il prend soin de ses collègues et amis, de ses clients et sa famille, parfois à son détriment. Dans ce rôle, Michel Laperrière a su nous bouleverser régulièrement, et pas seulement dans des scènes dramatiques. C'est toute la beauté de la sensibilité, qui devient un moyen de communication en soi.
Dans Dumas de Luc Dionne, on a assisté à un changement de la part du personnage principal, Jean Dumas, qui ne se freine plus pour exprimer ses sentiments pour sa famille et ses collègues. Bien qu'il n'en ait pas l'air au premier abord, ce nounours fait dorénavant partie de nos hommes sensibles préférés du petit écran. On en voudrait plus. Inutile de vous dire que la série canadienne Heated Rivalry a aussi fait la belle part à la sensibilité, qui survient au fil des épisodes de ce succès planétaire. Au cinéma dès ce vendredi, vous verrez l'auteur et comédien Éric K. Boulianne s'exposer dans Folichonneries en interprétant un homme dont la sensibilité se révèlera au fil des explorations sexuelles de son couple. En ce sens, l'acteur offre une performance formidable, pétrie d'émotions.
Ainsi, pour contrer la grisaille ambiante et l'escalade du cynisme, l'homme sensible fédérateur pourrait bien être une solution. Il est aussi vital que la représentation féminine à tous les âges et la diversité sous toutes ses formes. Parce que le désir de se sentir représenté n'est pas une farce, c'est un besoin primordial qui nous aide à avancer.
Chapeau bas à tous ces hommes qui ont compris que la masculinité n'est pas toujours une affaire de retenue.









