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Angles Morts : Une oeuvre déboussolante et rapidement addictive

Angles morts

Si vous étiez à la recherche d'un vent de fraîcheur télévisuel, nous avons dorénavant la suggestion pour vous. À compter de ce jeudi, vous pourrez découvrir la nouvelle proposition de l'auteur Jacques Davidts (Les Mecs), qui fait cette fois équipe avec l'auteur Normand Daneau, pour nous proposer Angles morts, une comédie noire comme il s'en fait peu au Québec. C'est à la fois déboussolant, audacieux et rapidement addictif.

L'histoire n'est pas simple et il faudra vous donner un peu de temps pour y adhérer. On y fait la rencontre de trois amis de longue date - un notaire, un détective privé et un oncologue réputé - qui se lancent dans un projet pour le moins risqué, pour la bonne cause, celui de mettre sur pied une fiducie qui rachète les assurances-vie des patients en fin de vie et sans famille. Leur projet connaît un départ prometteur, mais les choses se compliquent rapidement lorsqu'un patient, avec une assurance-vie colossale, refuse de mourir. Les trois complices, qui s'étaient endettés pour racheter cette assurance, devront tenter de comprendre ce qui leur est arrivé. En mettant la main dans cet engrenage dangereux, ils se retrouveront avec la pègre libanaise, un prêteur sur gages grec et les inspectrices Belzile et Toussaint de l’escouade antidrogue à leur trousse. Une histoire de fraude qui s'entremêle à une mystérieuse affaire de surdose au fentanyl, dans les ruelles de Montréal.

Les auteurs Jacques Davidts et Normand Daneau sortent des sentiers battus pour nous proposer ce polar burlesque, où les strates narratives se multiplient, pour en faire une intrigue complexe et souvent déroutante. Sur fond de critique sociale, les auteurs échafaudent un scénario qui navigue entre action et humour noir, et qui décoche régulièrement des flèches à notre système de santé et ses écueils.

Malgré quelques dialogues qui manquent de naturel et une toile de fond parfois enchevêtrée, cette proposition ne manque pas d'originalité et s'avère rapidement addictive, rappelant notamment certains univers britanniques comme ceux des frères Coen ou de Guy Ritchie (The Gentleman par exemple). D'autant plus qu'on appose à cette trame narrative délirante la vision artistique des réalisateurs Rafaël Ouellet et Mathieu Cyr, qui font des merveilles avec les couleurs, le rythme, les prises de vue inventives et une direction d'acteurs impeccable. L'action culmine au troisième épisode, alors que nos trois protagonistes se retrouvent au coeur d'une scène de crime, cagoulés comme des gamins du primaire, sans comprendre tout ce qui se passe. Tel est pris qui croyait prendre!

Pour jouer les trois alter ego, la production a fait appel à des artistes qui n'ont plus de preuve à faire, soit Mani Soleymanlou, Guillaume Cyr et Pier-Luc Funk. Ensemble, ils composent un groupe soudé, mais disparate, à la morale élastique, qui vous fera régulièrement sourire. Encore une fois, Mani Soleymanlou rend son personnage irrésistible, en dépit de ses nombreux défauts, comme si le comédien avait réussi à trouver la recette secrète pour mettre un baume sur tous nos maux. À ses côtés, Pier-Luc Funk brille dans la peau d'un protagoniste impulsif et amoral, qui mitraille les répliques à la vitesse de l'éclair, tandis que Guillaume Cyr propose une interprétation formidable, entre maladresse et détermination, sans jamais tomber dans la caricature. En leur compagnie, ce ne sera jamais ennuyant, à défaut d'être toujours crédible.

À ceux-ci s'ajoute une distribution secondaire attrayante, à commencer par l'acteur et humoriste belge François Damiens, qui fait un saut de notre côté de l'océan pour un rôle de prêteur sur gages pas très commode. Pascale Montpetit, à qui l'on offre certaines des meilleures répliques de la série, Schelby Jean-Baptiste, Sophie Desmarais, Younès Bouab, Charlotte Aubin, Alexis Martin, Alexandre Nachi, James Hyndman (incroyablement charismatique dans la peau d'un collecteur surnommé Finger), Elisabeth Chouvalidzé, Marie-Claude Guérin, Mégane Proulx et plusieurs autres complètent l'ensemble de très belle manière.

Si le résultat est parfois inégal, Angles morts a cette petite touche comique britannico-québécoise, fort séduisante, qui en fait un objet à part, entre la vraie vie et le bédéesque, entre la satire sociale et le pur divertissement. Ce n'est peut-être pas pour tout le monde, mais ceux et celles qui vont se laisser appâter vont certainement passer un formidable moment!

Les 5 premiers épisodes d’Angles morts, une production de A Média, seront offerts dès ce jeudi 24 septembre sur ICI TOU.TV EXTRA, et les 5 suivants dès le 1er octobre.