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Nostalgie

Les bons souvenirs de Broue

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Broue, c’est 38 ans de tournée, 3322 représentations et 3 millions de spectateurs. C’est une pièce de théâtre mythique qui a mis en relief les rapports masculins dans un décor emblématique, la taverne, où les femmes, à une époque lointaine, n’avaient pas le droit d’entrer, et qui a représenté l’humour et la scène québécoise à plusieurs endroits dans le monde.

Broue, c’est également une centaine d’archives tangibles (textes, photos, vidéos, etc) qui font maintenant partie, depuis jeudi dernier, de la collection de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pour consultation publique (apprenez-en plus ici).

À l’occasion de la remise de leurs trésors à l’institution, Marc Messier, Marcel Gauthier et Maxime Le Flaguais (qui s’exprimait au nom de son père, Michel Côté, dont nous vous donnons des nouvelles ici) ont évoqué leurs souvenirs de leur bien-aimée Broue. Amitié, succès international et… bière : ils nous avouent tout!

Voici ce que les trois artistes avaient à dire au sujet de...

L’indéfectible complicité qui unit Marc Messier et Marcel Gauthier à leur partenaire Michel Côté (qui ne pouvait être présent jeudi dernier), et l’évolution de leur amitié au fil du temps.

Marc Messier : « Michel est un peu le pilier de cette troupe-là, le capitaine de cette équipe. Pendant toutes ces années, c'est lui qui nous a rassemblés, c'est lui qui a toujours été le gars fort en avant. La prochaine fois, il sera là ! »

Marcel Gauthier :« Michel aimait tellement jouer "Broue"! Il aimait tellement ça qu'il aurait sacrifié tout pour que ça continue. Même la vie de famille proche, avec ses enfants, c'était plus ou moins grave pour lui. Il savait qu'il allait se reprendre un jour. »

MM : « On s'est toujours entendus pour jouer "Broue" de la façon qu'il fallait le jouer. On a toujours eu une connivence sur scène. On s'est super bien entendus. C'est sûr qu'on est très différents et qu'on a des caractères différents. Surtout quand on était plus jeunes, il y avait des petites frictions, parce qu'on était coqs un peu. "Dis pas ça quand je fais ça, fais pas ça quand je dis ça..." C'est tout à fait normal! Mais on s'aimait beaucoup, on s'aime toujours, et c'est ce qui est demeuré. »

MG : « Michel, Marc et moi, notre amitié ne s'est pas démentie au fil de ces 38 années de "Broue". C'est demeuré solide tout le long. Franchement, chapeau à nous trois! Il a parfois fallu mettre de l'eau dans notre vin, ce n'était pas toujours gai non plus. Mais en général, c'était très gai! (rires) »

MM : « C'était important pour nous de finir en même temps. On s'était dit qu'on partirait les trois en même temps. Quand on finissait une saison, qu'on avait joué beaucoup, on se disait qu'on ne savait pas combien de temps c'allait durer. On s'est attendus, tous les trois, que chacun soit prêt. Et c'est arrivé le 22 avril 2017. On l'avait prévu trois ans avant; on devait arrêter, je pense, trois ou quatre avant, et on a "backé". Non, on n'arrête pas! Alors, on a continué. Et après, quand on a pris la décision d'arrêter à Sherbrooke, le 22 avril 2017, tout le monde était absolument prêt. »

MG : « Tout allait tellement bien jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière représentation. Honnêtement, on aurait pu continuer encore. Mais on était arrivés à ce point et c'était le temps de le faire. »

L’impact de Broue sur la vie de famille des comédiens.

Maxime Le Flaguais : « Les gars jouaient la fin de semaine et, à un moment donné, après 10 ou 15 ans, ils ont arrêté de jouer la fin de semaine, pour être avec leur famille. »

MLF : « Tout au long de ma vie, j'allais voir "Broue" au moins une fois par année. Mon père nous donnait des billets de faveur, à Québec, à Montréal ou un peu partout. Tout de suite, je me mettais sur le téléphone, j'appelais mes chums, j'essayais de me souvenir qui ne l'avait pas vu dans mes chums. J'ai finalement invité pas mal tous mes chums à aller le voir, et on allait rencontrer les gars en coulisses après. Ceux que je n'ai pas amenés, ce n'était pas des bons chums, finalement (rires). "Broue" était déjà une légende quand moi j'étais ado ; ç'a sorti en 1979, et moi je suis né en 1982. 15 ans plus tard, en 1997, quand j'invitais les gens, ils avaient des étoiles dans les yeux, ils capotaient ! "Broue" a conquis tout le monde. Tout le monde riait, tout le monde regardait ce show-là. C'était extraordinaire de regarder les gars aller. Le timing et la complicité entre eux, c'était de la haute voltige. Presque personne n'a déjà vu une comédie, un show d'humour aussi finement rodé que ça. »

MLF : « Les gars écoutaient des cassettes audio [pour réapprendre leurs textes] avant de recommencer une saison. Moi, j’écoutais ça avant de m’endormir. Mon père me manquait, il partait jouer "Broue", et moi, le soir, je l’écoutais. J’étais un peu comme avec lui. J’entendais rire mon peuple pendant toutes ces années-là. Tous les soirs, mille personnes qui rient. Ça m'a mis de bonne humeur pour la vie, d'entendre toutes ces personnes rire ! »

Le thème de la pièce (les rapports masculins).

MM : « Nous, on y croyait, on pensait que le sujet était intéressant. On se moquait un peu du comportement masculin dans les tavernes. À un certain degré, on voulait rire du comportement macho des gars de tavernes. Au départ, nous, on avait à peine 30 ans, et on jouait des bonhommes qui avaient 50, 60 ans. On jouait dans un petit théâtre d'essai, et, pour nous, le degré était clair ; on était des jeunes qui se moquaient des comportements de leurs pères. Et lorsque nous eûmes cet âge, on a perdu une couple de degrés! (rires) Là, beaucoup de gens prenaient la pièce de façon beaucoup plus réaliste. C'était l'avantage de jouer cette pièce; elle pouvait être jouée de toutes les façons possibles. Certains la prenaient au premier degré, d'autres au troisième, certains en ont fait des thèses d'université, et pour d'autres, c'est la seule pièce qu'ils ont vue dans leur vie, et ils sont venus la voir souvent. Les textes étaient abordables, les gens prenaient ce qu'ils voulaient, et ça faisait rire tout le monde. »

Le succès de Broue en anglais, et ailleurs dans le monde.

MG : « La première fois qu'on a joué en anglais, c'était à Lennoxville. On était nerveux, mais on s’est dit : on s'essaie, on répète, enwaille donc! Et, à un moment donné, vint le soir fatidique à Lennoxville. On aurait voulu tout annuler ! On aurait voulu se casser les jambes pour ne pas être là! Finalement, on l'a fait. Ç’a été pas mal, avec un trac incroyable. On l'a jouée, après, à Toronto, à Vancouver... La réception était bonne. »

MG : « Quand on a été jouer en anglais, ça marchait tellement fort au Québec qu'on a parti une deuxième compagnie, avec Guy Mignault, Marcel Leboeuf et Patrice L'Écuyer, qui ont joué 250 fois en anglais, et en français un petit peu aussi. Pendant que nous, on essayait de gagner la Grosse Pomme, eux ont joué un bout de temps. »

Le fait que la pièce leur ait survécu et continue d’être jouée encore aujourd’hui [notamment par Martin Drainville, Benoît Brière et Luc Guérin depuis cinq ans].

MG : « Moi, je le pensais, et je pense que Michel et Marc aussi. C'était un succès tellement phénoménal ! Je ne veux pas dire que si c'est joué par n'importe qui, ça va marcher, mais quand même. Si quelqu'un veut faire un théâtre d'été, il ne peut pas trouver une meilleure comédie que "Broue". Et québécoise, en plus ! »

MM : « Il y en a qui attendaient qu'on arrête pour sauter sur la chose! (rires) »

La longévité de la pièce et l’implication qu’elle demandait aux acteurs.

MM : « J'en ai profité au maximum et je suis content. S'il y a quelque chose dans ma vie dont je peux dire que j'ai été au bout, dont j'ai profité... (rires) Outre deux, trois divorces... (rires) C'est une partie de notre vie, c'est ce qui est impressionnant et très touchant. C'est rare qu'on peut faire partie d'un projet aussi longtemps que ça. »

MG : « L'engouement du public faisait que c'était difficile d'arrêter... »

MM : « On jouait 18 personnages, il y avait des changements [de costumes], et la comédie, c'est très exigeant. Si les gens ne rient pas, ça n'a pas de sens! Ça ne veut rien dire (rires), alors il fallait que ça marche, notre comédie. Et en plus, à jouer ça, on est devenus populaires, les gens nous proposaient des choses intéressantes. Michel a joué dans je ne sais combien de films, moi j'ai tourné dans des téléséries, Marcel a joué aussi dans différentes choses. Moi, je me rappelle avoir tourné les premières années de "Lance et compte" pendant que je jouais "Broue" le soir. Je tournais le jour. Ça faisait des journées de 5 h 30 le matin jusqu'à 23 h 30 le soir. Mais on était bien contents et on était heureux ! »

MG : « On a joué près de 1500 fois seulement à Montréal. 500 à Québec, 200 à Sherbrooke, 100 au Centre National des Arts à Ottawa... Dans chaque ville où il y a un théâtre au Québec, on a joué. On a inauguré beaucoup de salles, entre autres à Mont-Laurier et à Sept-Îles. »

MM : « On s'est toujours tenus, on n'a jamais pris le public pour acquis, et on a toujours travaillé fort pour que le spectacle soit bon et qu'il atteigne son but, c’est-à-dire divertir les gens. »

Leur amour de la bière.

MM : « Les premières années, on prenait de la vraie bière! (rires) On aurait pu être ravagés par l'alcool! Une chance qu'à un moment donné, la bière sans alcool est tombée sur le marché, sinon...  (rires) »