Un enquêteur qui fait partie d'un club de tricot, un cacatoès disparu, des mariachis qui sévissent dans un poste de police d'un petit village et un cadavre retrouvé dans une position pour le moins compromettante : le scénariste et réalisateur Robin Aubert ne fait rien comme tout le monde et c'est tant mieux. Il le démontre à nouveau avec sa nouvelle minisérie policière, Bienvenue à Kingston-Falls, qui marche hors des sentiers battus.
On y fait la rencontre de l’enquêteur Gabriel Serpent (quel nom!), un homme torturé qui tente visiblement de retrouver la quiétude en officiant dans le petit village de Kingston-Falls, là où les disparitions d'animaux semblent plus fréquentes que les meurtres. Alors qu'il s'apprête à prendre des vacances, il est dépêché sur une scène de crime spectaculaire qui va occuper toute son équipe. Un cadavre dont les fesses, sorties du sol, servent de support à un vélo a été retrouvé dans un champ. Qui aurait eu l'initiative d'une telle mise en scène morbide? Alors que l'avenir du poste de police est moribond, Gabriel devra composer avec les humeurs d'une policière redoutée et alcoolique, avec qui il n'a d'autre choix que de faire équipe. Réussiront-ils à mettre la main sur le coupable qui n'a laissé que très peu de traces?
C'est sur cette prémisse fascinante que Robin Aubert lance son intrigue, une histoire glauque à l'humour décalé, entre comédie noire et polar. On ne s'ennuie pas à Kingston-Falls, là où les personnages, tous marginaux, font sourire ou dérangent. On suit avec intérêt les déambulations de l'enquêteur Serpent, qui est tantôt sollicité pour une disparition de cochons, pour un vol de perroquet, ou pour ce crime odieux qui semble le ramener à de douloureux souvenirs. Quelle souffrance tente-t-il d'exorciser? Les deux premiers épisodes, que nous avons vus en primeur, ne nous permettent pas encore de tout comprendre.
La trame narrative, visiblement construite en crescendo, nous amènera à enquêter sur le meurtre autant qu'à en découvrir davantage sur l'enquêteur responsable et son entourage. Dans ce contexte, l'auteur et réalisateur instille couleurs et folie à son univers truculent, nous faisant sourire au passage. On pense notamment à ces mariachis, engagés pour une journée, qui accueille chaque nouveau venu au poste de police avec un enthousiasme déconcertant. La réalisation inventive d'Aubert est surmontée d'une trame sonore formidable et inquiétante, signée René Lusssier, qui semble parfois se réapproprier des codes réservés à l'horreur. Le mariage plus qu'heureux de ces différentes composantes artistiques fera le bonheur des télévores, surtout ceux qui sont avides d'originalité.
Dans la peau d'un enquêteur sympathique, mais torturé, le comédien Maxime Le Flaguais a tous les atouts pour naviguer dans cette conjoncture inhabituelle. Il déploie à l'écran autant de clémence que de noirceur, un tandem explosif qu'il maîtrise à la perfection. Il est accompagné par une distribution elle aussi fort originale, qui mélange les visages moins connus et les vétérans.
En effet, Robin Aubert a composé un irrésistible cercle de tricot, offrant au passage des rôles de choix à une formidable distribution d'expérience au sein de laquelle on retrouve Michèle Deslauriers, Lise Roy, Danielle Lépine, Sophie Clément et Louise Turcot. Parce que le talent et la beauté n'ont pas d'âge, bien au contraire, une notion que certains semblent oublier en télévision. Normand Chouinard, Marc Messier, Muriel Dutil et Micheline Bernard brillent aussi dans l'ensemble, aux côtés de Marie-Ève Milot qui est exceptionnelle, Martin Héroux, Luis Bertrand, Aracelli Lillo, Olivier Gervais-Courchesne, Macha Grenon, Linda Malo, Joanie Martel et plusieurs autres qui complètent bien le portrait. Tous ces artistes contribuent harmonieusement à la singularité du résultat final.
En ce sens, Bienvenue à Kingston-Falls complète de manière étonnante et prodigieuse l'agenda printanier, démontrant à nouveau toute la vitalité de notre art et l'imagination débordante de nos créateurs. Robin Aubert est un artiste à part, un scénariste et réalisateur surprenant capable de révéler sa sensibilité autant dans le drame, le suspense, l'horreur que la comédie. Sa toute dernière création mérite certainement qu'on l'accueille avec une effusion de trompettes et de guitares! Et nous nous plaisons déjà à espérer une deuxième saison...
Les six épisodes de Bienvenue à Kingston-Falls sont dès maintenant disponibles pour visionnement en rafale sur l'Extra d'ICI Tou.tv.





