Mise à jour : Juste pour rire fait une nouvelle annonce
Ce jeudi, Juste pour rire créait la surprise en annonçant la production du nouveau spectacle Julien Lacroix, quelques années après que des allégations de comportements déplacés aient été rendues publiques par neuf femmes.
« Chez Juste pour rire, nous avons la volonté claire d’occuper une place importante en production de tournées humoristiques et d’accompagner les artistes dans le développement de spectacles porteurs et rassembleurs. Julien possède une signature artistique forte et une capacité réelle à connecter avec le public. La qualité de son écriture, la solidité de son matériel et la réponse du public à ses récents spectacles nous ont convaincus que nous voulions collaborer avec lui pour la suite. Nous reconnaissons également le chemin qu’il a parcouru au cours des dernières années et l’évolution qui accompagne cette démarche et pour toutes ses raisons, nous sommes heureux de l’accueillir parmi les talents que nous accompagnerons en production. », soulignait alors Sylvain Parent-Bédard, président et chef de la direction de Juste pour rire.
Il n'en fallait pas plus pour créer de fortes réactions. Certains sont heureux du retour de l'humoriste dans la lumière, tandis que d'autres dénoncent la décision de Juste pour rire de lui faire une place, en dépit des informations que l'on connaît.
L'humoriste Mélanie Ghanimé, qui évolue depuis des années dans le milieu de l'humour, a décidé de se prononcer sur cette décision controversée, en partageant un message incendiaire sur les réseaux sociaux, dans lequel elle dénonce la toxicité du milieu de l'humour pour les femmes.
Elle écrit : « Ça suffit.
Je ne veux plus être la version de moi qui se tait pour survivre.
Hier, j'ai vu passer l'annonce que Juste pour rire allait produire le prochain spectacle solo de Julien Lacroix. Et j'ai eu le cœur qui a levé.
Julien Lacroix. L'homme visé en 2020 par une enquête du Devoir dans laquelle neuf femmes ont témoigné d'agressions et d'inconduites sexuelles.
Neuf femmes.
Et JPR est fier de l'accueillir.
Je suis humoriste depuis plus de 17 ans. Le milieu de l'humour, je le connais de l'intérieur. Et il y a une chose que les femmes apprennent très vite dans ce milieu-là:
Protège-toi. Protège-toi dans les loges. Protège-toi dans les tournages. Protège-toi dans les transports après les shows.
Entre femmes, on se parle. On se prévient. On se donne des noms.
Mais officiellement, bien sûr, personne ne sait jamais rien (petite toux qui dure depuis 17 ans!). Le public ne sait jamais rien et c’est bien dommage. On est dans un monde d’image et l’industrie maquille ce qui pourrait nuire aux coffres.
En 2022, l’histoire d’un autre humoriste est sortie publiquement (fais tes recherches)… mais déjà en 2009, quand j'ai eu mon diplôme de l'École nationale de l'humour, des femmes du milieu m'avertissaient : Fais attention. Ne prends pas de transport seule avec lui.
En 2009.
L'industrie a dit qu'elle ne savait pas. Tout le monde savait. On se faisait toutes avertir. On connaissait des victimes.
Moi aussi j'ai vécu des situations dans ce milieu où je ne me suis pas sentie respectée. Un jour, sur un tournage, un technicien du son a glissé sa main dans mon chandail pour installer un micro et s'est mis à toucher mes seins d’un côté et de l’autre. Sans me demander. Au nom du travail.
J'étais figée.
J'ai demandé son nom pour pouvoir faire une plainte à l’équipe de production, qui était aussi mon équipe de gérance…qui est aussi l’équipe actuelle de JPR. On ne me l'a jamais donné. Jamais. Pas par téléphone. Pas par écrit. Pas quand j'ai quitté l'entreprise. À ce jour, je ne sais toujours pas c'est qui.
Je ne peux même pas me protéger moi-même.
Quelques mois plus tard, cette même équipe a caché la présence de l’humoriste, dénoncé en 2022, sur un gala auquel je participais, parce qu’ils savaient très bien que je quitterais si je le voyais sur l’ordre du spectacle. Je ne me suis pas sentie considérée. Ça m’a dégoutté.
Et pendant des années, comme beaucoup de femmes, je me suis tue.
Parce que dans ce milieu-là, tu comprends vite la règle non écrite :
Si tu veux travailler, ferme ta gueule. Tant en humour scène, qu’en télé, qu’en télé-réalité.
Ne fais pas de vagues. Ne parle pas trop fort. Ne sois pas « la fille qui fait du trouble ». Parce que sinon, ta carrière peut disparaître très vite.
Alors oui, hier, en voyant cette annonce, j'ai eu envie de vomir.
Parce que ça me rappelle à quel point, encore aujourd'hui, certaines décisions dans ce milieu donnent l'impression que la carrière et l'argent passent avant la considération des femmes, des humains.
Ça envoie un message très clair aux victimes, aux femmes de l'industrie, aux jeunes humoristes qui arrivent, aux femmes du Québec: Adaptez-vous.
Eh bien moi, je refuse de m'adapter à ça.
Le thème du 8 mars cette année, c'est Générations deboutte.
Peut-être que pour moi, être deboutte aujourd'hui, c'est arrêter de faire semblant que tout ça n'existe pas.
Parce que ça existe.
Et je suis tannée de faire comme si ce n'était pas le cas. Ça me rend malade, ça m’étouffe depuis tellement d’années.
Je ne veux plus m'éteindre pour que d'autres soient à l'aise.
Ça fait une semaine que je me promène d’entreprises en entreprises célébrer la journée internationale des droits des femmes, de la condition féminine, faire rire des femmes qui ont besoin de se sentir bien, en sécurité, qu’on les croit, qu’on les considère, qu’on a du respect pour leur vie…
Tabarnak.
J’ai l’impression qu’on recule.
Si le public veut encourager et soutenir Julien, c’est son affaire.
Si le public préfère aimer ses artistes et en savoir le moins possible sur leurs réels comportements, leurs intentions et leurs valeurs, c’est son affaire.
Si le public accepte de ne pas savoir, de ne pas voir, parce que ça fait trop mal d’être déçu de son artiste préféré, c’est son affaire.
Je suis d’accord avec le concept de la deuxième chance, mais je suis aussi consciente qu’être une personnalité publique, c’est un privilège.
Surtout dans un contexte où la culture perd des plumes, où les productions tombent comme des mouches, où les artistes travaillent de moins en moins.
Je souhaite de la cohérence dans nos choix, de la conscience dans nos décisions et de la considération humaine.
J’aurais jamais pensé que la cohérence, la conscience et la considération humaine deviendraient des luttes.
Je pensais que c’était simplement… la base.
Tabarnak.
Mélanie Ghanimé, stand up deboutte »
Voyez sa publication complète ci-dessous. Plusieurs autres personnalités publiques se sont prononcées, dont Christine Morency, Jean-Marie-Lapointe, Eric Preach, Mélanie Couture et plusieurs autres. On vous partage leurs publications ci-dessous.
Mélanie Couture écrit notamment : « CHAQUE FOIS qu’il y a des allegations/dénonciations publiques, que ce soit pour MPM ou Lapointe et tous les autres, y’a eu PLUSIEURS avertissements en privé avant. Ce n’est PAS la deuxième chance. C’est la 4-8-11ème chance.
Les amis tentent de leur rentrer du plomb dans tête, des gerants qui essaient de redresser leurs artistes, des blondes qui leur expliquent que c’est innaceptable en pleurant. Ils ont tous entendu: “lâche-la on rentre” “Qu’est-ce tu fais? Dude c’est pas cool!” “Criss t’es pas tenable quand t’es sua coke” “Tu peux pas me parler de même”, “être saoul c’est pas une excuse pour devenir une marde”, “T’as pas le droit de me faire ça”, “Tu devrais pas traiter ta blonde de même”, “Tu vas te mettre dans la marde si tu continues”… »
Parions que cette histoire n'a pas fini de faire des vagues.



