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Spectacles

Le Comte de Monte Cristo : La nouvelle audace signée Serge Denoncourt!

Le Comte de Monte Cristo
Celui-là seul qui a éprouvé l’extrême infortune est apte à ressentir l’extrême félicité.

Il fallait bien l’audace et la créativité de Serge Denoncourt pour porter sur scène le chef-d’oeuvre d’Alexandre Dumas, Le Comte de Monte Cristo, une œuvre colossale qui nous replonge au 19e siècle, pour la plus célèbre histoire de vengeance de la littérature française. Portée par une distribution toute étoile et une mise en scène intelligente, voilà un spectacle haletant qui saura captiver les foules.

C’est un baiser langoureux qui lance cette impressionnante fresque, alors que le marin Edmond Dantes fait son retour d’un voyage en mer, pour retrouver sa douce Mercedes, qu’il décide enfin de prendre pour épouse. Cette union sera toutefois de courte durée, alors que Dantes, victime de la jalousie de ses pairs, sera arrêté par les forces de l’ordre, et mis au cachot au Château d’If, suspecté à tort de complots avec les bonapartistes. Après 15 ans de réclusion, celui-ci obtiendra enfin son passeport pour la liberté, en empruntant le linceul de son défunt complice de cellule, peu de temps après que celui-ci lui ait révélé l’existence d’un fabuleux trésor sur l’île de Monte Cristo. Porté pour son désir de se faire justice et un espoir renouvelé, Dantes renaîtra de ses cendres pour devenir le Comte de Monte Cristo, un aventurier et séducteur dont les rumeurs d’opulence le précèdent. Il jurera de faire payer tous ceux qui l’ont mis à mal.

Le premier acte du spectacle, d’une durée totale de trois heures, se consacre à l’emprisonnement fabriqué d’Edmond Dantes et à l’évasion du détenu, après 15 ans de souffrances. Un passage du temps et des tableaux illustrés de manière inventive par le metteur en scène Serge Denoncourt et le directeur artistique Pierre Bernard, qui font bon usage de projections et d’un décor amovible. Le deuxième acte permet au protagoniste, consumé par les trahisons vécues et déguisé d’une nouvelle identité, de mettre en œuvre sa jouissive vengeance envers ceux qui lui ont causé du tort; Fernand de Morcef, Gérard de Villefort , Danglars et Caderousse, des opportunistes pour qui seul le pouvoir compte. À la fois sobre, poétique et inventive, la mise en scène de Serge Denoncourt se met au service de ce texte mythique et des talents qui le portent.

Et quels talents! Si nous faut n’en citer que quelques-uns, nommons le formidable Mikhaïl Ahooja, Mélissa Désormeaux-Poulin, Lou-Pascal Tremblay, Maxime Denommée, Kevin Houle, Maxime de Cotret, Benoît Drouin-Germain et Paul Doucet, qui s’investissent tous dans des rôles exigeants, marqués par des répliques tranchantes qu’ils doivent livrer avec majesté. C’est particulièrement réussi et le résultat s’avère absolument captivant.

Dans le rôle-titre, Mikhail Ahooja déploie le magnétisme nécessaire et la prestance qu’il se doit pour incarner le comte vengeur, une performance magistrale qui marquera sans doute les esprits. À ses côtés, Mélissa Désormeaux-Poulin et Lou-Pascal Tremblay font leurs premiers pas au théâtre, avec assurance et éclat. Ce dernier, qui endosse pour l’occasion un rôle de vilain, prouve hors de tout doute son talent multidisciplinaire. Mentionnons également l’apport formidable de Benoît Drouin-Germain, qui allège régulièrement l’ambiance sombre en livrant avec bonhommie les répliques de son personnage, un arriviste de première aux tendances soulonnes. Soulignons également le magnifique travail fait au niveau des costumes, qui ajoute de la vraisemblance à ce texte qui n'a pas pris une ride.

Il faut certes s’investir pour pleinement apprécier Le Comte de Monte Cristo, un spectacle costaud mais accessible, où les thèmes de justice et de miséricorde, toujours d’actualité, se côtoient dans une histoire riche en rebondissements et en affrontements. Une fois familiarisés avec l’intrigue et sa langue soutenue, vous redécouvrirez ce joyau de la littérature sous un nouveau jour irrésistible, avec des comédiens et comédiennes brillants dévoués au divertissement. Avec Le Comte de Monte Cristo, Serge Denoncourt revient à l’essence même du théâtre que l’on aime, signant l’une de ses œuvres les plus ambitieuses et prenantes à ce jour, qu’il faut voir absolument!

Vivez donc et soyez heureux, enfants chéris de mon coeur, et n'oubliez jamais que, jusqu'au jour où Dieu daignera dévoiler l'avenir à l'homme, toute la sagesse humaine sera dans ces deux mots : Attendre et espérer!