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Critique

Nomo Sapiens, de Boucar Diouf : Bien plus que des singeries

L’humain descend du singe, mais n’en est pas encore complètement affranchi. Il est intelligent, mais continue de manière cocasse de se réclamer de ses ancêtres primates, dans ses comportements comme ses raisonnements. Après tout, le cerveau humain, c’est une gelée de gras, et « nous sommes tous des têtes de lard ».

Voilà les grands préceptes qu’on retient de Nomo Sapiens, éclatant nouveau spectacle comique de Boucar Diouf, qui a captivé la salle L’Étoile de Brossard en première montréalaise, jeudi soir, pendant qu’à l’extérieur allaient et venaient d’impressionnantes bourrasques enneigées.

Parfaitement maîtrisé, hilarant, éminemment savant, brillant, d’un texte solide livré par un artiste dans une forme splendide et en pleine symbiose avec son public : même le volubile Boucar manquerait probablement lui-même de mots pour décrire le beau succès qu’il tient entre ses mains avec Nomo Sapiens, s’il avait le recul pour le faire.

Il faut dire qu’on peut l’oublier entre ses mille et une autres activités, d’une série documentaire à Explora à ses chroniques dans La Presse, en passant par une palourde royale – il y fait quelques fois référence dans son nouvel opus, on n’y échappe pas! – mais notre biologiste de formation en est déjà à son cinquième effort comme humoriste solo, après D’Hiver Cités, L’Africassée, Pour une raison X ou Y et Magtogoek ou le chemin qui marche, son plus récent, qu’il présentait en 2018-2019. Notre artiste scientifique fait fureur partout où il passe, que ça soit à Tout le monde en parle ou à En direct de l’univers avec sa famille, et Nomo Sapiens s’inscrit dans cette même veine d’excellence.

Le titre Nomo Sapiens évoque la contraction entre les expressions « Homo Sapiens » (l’homme moderne) et « Nono Sapiens » (l’homme moderne qui n’a, disons, peut-être pas inventé le bouton à quatre trous). En plus ou moins 90 minutes filant à grande vitesse, Boucar nous décortique sa vision du Nomo Sapiens en trois grands axes : l’être humain ne se distingue pas tellement des autres créatures, l’être humain est intelligent… et l’être humain peut aussi être très con. Lui-même, l’inspirant, l’admirable Boucar Diouf, reconnaît avoir été « Nono Sapiens assez souvent! » Comme cette fois où il a joué du tambour africain dans son cinquième étage de Rimouski…

Sur scène s’élèvent deux grands anneaux, représentant chacun un cousin proche de l’humain : le bonobo, incarnant le modèle féministe et matriarcal, et le chimpanzé, son pendant mâle, exhibant jalousie, possessivité, violence et autres dérives du patriarcat. Notre hôte fera constamment référence à ces deux figures pour exposer ses théories. Lesquelles, franchement, tiennent la route.

Cette prémisse exposée, on écoute Boucar étayer ses connaissances sur la biologie humaine et animale, entrecoupées des proverbes de son grand-père et sa grand-mère, d’anecdotes, d’observations du quotidien, de jeux de mots. Son terrain de jeu lui offre des prétextes pour parler de religion, de sexualité, de rapport aux poils, d’honnêteté, de dentition, de la mort de sa maman, du fait qu’il n’y a pas « plus nouveau que la vieillesse », de vasectomie et du « harcèlement conjugal » qui la précède (« C’est l’homme qui est propriétaire des bijoux de famille, mais c’est la femme qui a les clés du coffre-fort », image-t-il en substance), de consentement… D’ailleurs, sa finale lumineuse, portant sur le respect et l’égalité entre les hommes et les femmes, devrait faire école dans les classes d’écriture humoristique.

Boucar énumère avec une précision étonnante toutes ces fois où l’homme a surpassé la nature dans ses découvertes (avion, voiture, sous-marin), raconte cette bourde d’un ami parti acheter des « fraises facultatives » au marché, relate comment lui-même s’est fourvoyé au sujet des pets de sœur et des pick up. Et ce, dans son verbe tout coloré. Il imite même Charles Tisseyre avec des intonations identiques.

Les tirades de Boucar – qu’il intercale d’interactions très réussies avec le parterre – sont parfois très instructives, et parfois très légères. Parfois très songées, et parfois très vulgaires. Comme peut l’être le Nomo Sapiens, finalement!

Il est toute une bibitte de charisme, ce Boucar qui danse, entame des chansons à répondre et improvise sans peine. Puis, ses enfants, qu’on a entendu rapper avec brio à En direct de l’univers, ont enregistré d’adorables interludes musicaux liant les numéros.

Si le cerveau humain représente véritablement, comme on l’apprend dans Nomo Sapiens, 2 % de la masse du corps, il faudra un jour étudier celui de Boucar. Le sien pèse peut-être un peu plus lourd que celui de la moyenne… des singes.

Boucar Diouf présente Nomo Sapiens en tournée partout au Québec. Consultez son site web pour toutes les dates.