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Les 8 péchés capitaux : Le confessionnal épicé de Christian Bégin

La génération qui a jadis adulé Christian Bégin dans Télé-Pirate se délecte-t-elle des crises existentielles des mâles en andropause des Mecs? Au sortir des 8 péchés capitaux selon Christian Bégin, troisième one man show de l’acteur-humoriste (son dernier remontait à 25 ans!), on se pose la question. Car le confessionnal façon Christian Bégin, c’est un mini choc de valeurs, qui porte à réfléchir au monde actuel et à ceux qui l’incarnent.

C’est un Christian Bégin avec tout son bagage de comédien dans le corps, en grande forme, maîtrisant parfaitement les codes de l’humour solo et sympathique malgré sa séance de chialage de 80 minutes, qui a étrenné son matériel en première montréalaise au Théâtre Outremont, mercredi soir. La distribution des Mecs quasi entière, son producteur Louis Morissette et Véronique Cloutier, ainsi que quelques autres personnalités, avaient sorti leur parapluie pour aller applaudir leur ami.

Le passage à la confesse et ces 8 péchés capitaux servent de prétexte à Bégin pour se défouler sur une multitude de petites ou grandes tares de la société, qui suscitent chez lui colère, paresse, envie, orgueil, gourmandise, avarice et luxure. Rien pour réinventer l’art du monologue, mais l’individu manie habilement l’art de captiver son parterre et de l’entraîner avec lui dans ses bonheurs et récriminations. Si un trophée récompensait le charisme, on aurait certainement un gagnant.

Ah, ces microagressions!

Le prétexte catholique de ces « 8 péchés... » est très élastique, on l’égare allègrement en cours de route, puis il revient sans crier gare. Prémisse intéressante, offrant bien des possibilités, et finalement un peu négligée. N’empêche, Christian Bégin décrète avec beaucoup d’acuité un huitième péché, très à-propos en notre ère individualiste.

Notre homme assume parfaitement son statut de quinquagénaire confortable, un peu dépassé par les évolutions de son époque, mais aussi parfaitement capable de rire de lui-même. Un personnage de scène? Difficile à dire, mais le propos est senti. Mentalité feinte ou pas, Christian Bégin met le doigt sur des bobos réels et incarne efficacement la moyenne des ours de sa génération. Ni totalement bornée, ni exactement à l’avant-garde.

Rira-t-on? Oui. Ou non. On sera hilare ou choqué selon son âge, ses valeurs, sa situation. L’auteure de ces lignes, 39 ans, s’est esclaffée ici, avant de grincer des dents quelques minutes plus tard.

Par exemple, notre pécheur ouvre les hostilités avec une tirade contre les microagressions, terme à la mode pour désigner ces allusions péjoratives parfois blessantes pour un groupe ou une communauté. On comprend vite ce que l’artiste pense de la rectitude politique ambiante quand il s’épanche – longuement – sur l’écriture inclusive (et son pronom porte-étendard « celleux »), sur son statut d’homme « quinquagénaire blanc hétérosexuel cisgenre privilégié » (« l’incarnation de tout ce qui devrait se taire », clame-t-il) ou quand il exagère démesurément la notion de consentement ou de safe space.

Soyez avertis, des oreilles sensibles pourraient se sentir « microagressées » par certains propos de la vedette des Mecs. Elle-même se dit « microagressée » par la bonne humeur constante de Marina Orsini, donc on suppose que c’est de bonne guerre.

On écume ensuite la liste des transgressions de la bible à travers les anecdotes personnelles de notre Curieux Bégin national. L’île de l’amour, ce « déchet télévisuel », ce « constat d’échec de l’humanité », engendre chez lui de la hargne, tout comme l’impolitesse d’une dame lui ayant exprimé avec beaucoup trop de violence, par courriel, son dégoût des tourtières Curieux Bégin en épicerie, qui l’ont mené à une défaite financière, cela dit. L’argument de la plaignante? Ça goûtait « la marde », tout simplement. Plus loin, on se doute bien sûr qu’il beurre plus épais qu’il ne le ressent réellement quand il hurle son exaspération devant les trop nombreuses photos de rentrée scolaire.

Les Huguette et les Rita

Pour illustrer son manque d’orgueil, notre comique nous fait écouter des ronflements tonitruants qu’on suppose être les siens, il discourt sur sa « vie amoureuse de marde » et admet être de plus en plus désiré par « des Huguette et des Rita ». Il fait ensuite flèche de tout bois en survolant le sujet de la luxure, et ce, sans fausse politesse. De l’épilation de sa verge à ses (apparemment excellents) cunnilingus, on ne s’embarrasse pas des tabous.

Plus ses plaidoyers avancent, plus Bégin s’enflamme. Et, doit-on l’admettre, plus on sent qu’il touche des cordes sensibles à ses pieds. Le tout culmine dans une finale inspirée, une ode à la collectivité, cerise sur un sobre sundae mis en scène par Chantal Lamarre, dont le décor constitue en une simple structure en forme d’igloo qui s’éclaire au gré du besoin.

Et pas besoin de plus. Le texte à lui seul est suffisamment solide pour porter l’univers d’un communicateur de la trempe de Christian Bégin. Reste à voir si ce dernier séduira ses petits Télé-Pirates d’hier autant que les « quinquagénaires blancs hétérosexuels cisgenres privilégiés » comme lui.

Christian Bégin présente encore Les 8 péchés capitaux selon Christian Bégin au Théâtre Outremont jusqu’au vendredi 21 octobre, puis partira en tournée partout au Québec. Toutes les dates sont sur son site web.