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Xavier Dolan brille dans un film captivant

3.5
Notre critique

Entre combats d'ego, magouilles politiques et défis architecturaux, L'inconnu de la Grande Arche transcende son sujet aride. Une belle surprise portée par une distribution impeccable et un Xavier Dolan très attachant!

Qui eût crû qu'un film sur la construction d'un édifice allait être aussi passionnant? C'est le pari fou relevé haut la main par L'inconnu de la Grande Arche de Stéphane Demoustier.

L'inconnu du titre est Johan Otto von Spreckelsen (Claes Bang), un architecte danois qui remporte en 1983 un concours organisé par le président français François Mitterrand (Michel Fau). Il aura l'honneur de réaliser la Grande Arche, un cube immense qui sera érigé dans le quartier de la Défense de Paris. Une mission de longue haleine qui se transforme en parcours du combattant...

Basé sur le livre de Laurence Cossé, le long métrage arrive à transcender sa prémisse aride et son abondance de dialogues techniques. Cela est possible en combinant humour et drame, suspense et politique. Les dialogues mordants et truculents fondent dans la bouche, vulgarisant l'information sans trop simplifier les enjeux. Si l'oeuvre manque parfois de souffle et de force dramatique, il n'ennuie jamais.

Les ambitions de son héros rencontrent les réalités désenchantées de l'administration française où les règles, le temps, l'argent et les élections pèsent dans la balance. Lorsqu'il faut faire des concessions, le résultat ne sera évidemment pas le même. Ce thème devient ainsi une métaphore du rôle de l'artiste. Le cinéaste cherche à créer le meilleur film possible - le rêve d'une vie - mais il est rapidement rappelé à l'ordre par le producteur qui délie les cordons de la bourse. Un incessant combat d'ego qui ne manque pas de fasciner, bien que le résultat soit moins marquant que le récent et immense The Brutalist.

En apparence, L'inconnu de la Grande Arche s'apparente à une simple chronique verbeuse filmée de manière classique. Mais en y regardant de plus près, le résultat est tout autre. Stéphane Demoustier (Borgo, La fille au bracelet) aime s'inspirer du réel et son travail minutieux privilégie l'efficacité au style. Son montage dynamique développe allègrement une tension, tandis que ses décors riches de sens et sa reconstitution d'époque exemplaire bénéficient d'effets spéciaux bluffants. C'est toutefois dans son format d'image que la forme (carrée) communique avec le fond, créant dans chaque plan des fenêtres géométriques rappelant des petites arches.

Ce sont pourtant les acteurs qui se trouvent au coeur des enjeux et la distribution hétéroclite se révèle impeccable. Claes Bang (The Square) apporte une mélancolie bienvenue à l'ensemble, formant un couple plus vrai que nature auprès de Sidse Babett Knudsen (La fille de Brest). Si les personnages secondaires s'avèrent à peine esquissés, ils demeurent savoureux. C'est le cas de Xavier Dolan qui tente de ménager la chèvre et le chou sans jamais y arriver. Le comédien qui a été nommé aux César pour ce rôle n'aura jamais paru aussi attachant. C'est également le cas de Swann Arlaud (Anatomie d'une chute) en architecte qui n'a pas peur de confronter son patron. Quant à Michel Fau (Marguerite), il incarne un Mitterand affable et irrésistible.

L'inconnu de la Grande Arche aurait évidemment pu être plus ample et profond. Certaines séquences demeurent trop démonstratives, tandis que la finale expédiée à la va-comme-je-te-pousse laisse un drôle de goût en bouche. Au lieu de l'émotion attendue, on se retrouve dubitatif devant ce chien en liberté qui apporte un aspect ironique au dénouement. Ces quelques bémols n'entachent cependant jamais ce surprenant projet qui transforme ce qui est sans doute le sujet le moins sexy du monde en captivant divertissement.