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Un coming-in lumineux entre la foi et le désir

4.0
Notre critique

Profondément touchant et d’une grande sensibilité, La Petite Dernière avance sur un fil fragile entre douceur et dureté et nous plonge dans une quête d’émancipation.

Le scénario dresse le portrait de Fatima, la cadette d’une famille joyeuse et aimante. Cette jeune adulte en pleine construction identitaire explore ses désirs sexuels qu’elle n’assume pas pleinement et tente de naviguer à travers son rapport avec sa religion, sa famille et ses croyances. D’origine algérienne, elle est musulmane pratiquante et son éveil sexuel la confronte à ses valeurs.

Nadia Melliti tient ce rôle principal et offre une performance d’une justesse déstabilisante. Il est surprenant d’apprendre qu’elle en était à sa toute première expérience en tant qu’actrice. Tout en retenue, elle dégage un tel réalisme qu’on en vient à se demander où se cache le scénario, comme si la caméra s’était simplement invitée dans la vie de ce personnage. On devient un témoin discret de ses découvertes, de ses pensées et de son intimité. La subtilité de ses regards nous permet d’explorer avec elle les zones grises de ce moment charnière que vit une jeune adulte en pleine découverte de ce qu’elle devient. Des questionnements universels basés sur le besoin de se définir et de trouver sa place, sans nécessairement rompre les liens importants qui l’ont façonnée.

La réalisatrice Hafsia Herzi s’est inspirée du roman autobiographique de Fatima Daas et a créé un univers qui laisse émerger les doutes, les silences et les contradictions avec une certaine délicatesse nous éloignant du manichéisme. C’est par un montage dynamique dans sa lenteur qu’on découvre les réflexions d’une protagoniste brillante, humaine et forte. Ce film explore les tiraillements intérieurs et le désir de rester fidèle autant à ses proches qu’à soi-même avec une grande sensibilité.

Le lien familial prend d’ailleurs une place importante dans l’histoire. En effet, la mère de Fatima renforce ce noyau et démontre la complexité magnifique et nuancée d’une relation mère-fille, loin des clichés. On y retrouve beaucoup de lumière et de tendresse à travers des moments de tensions captés avec énormément d’émotions.

La dimension sociopolitique évidente ajoute également un aspect important au rayonnement du film. En choisissant de raconter l’histoire d’une jeune femme lesbienne musulmane, issue de l’immigration, la cinéaste prouve un souci de représentation. Ces personnages sont trop souvent invisibilisés au cinéma, ou sinon réduits à des figures stéréotypées. Dans ce film, on découvre Fatima dans toute sa complexité, sa foi, ses désirs, sa recherche de liberté et son amour inconditionnel pour sa famille. Comme quoi il est possible d’avoir accès à une grande douceur dans la radicalité. La Petite Dernière nous offre un espace où on découvre des enjeux qui vont au-delà du contexte et qui touchent à des questionnements universels : comment devenir soi-même, sans trahir ceux qu’on aime.