Avec Nino, premier long métrage de Pauline Loquès, le cinéma d’auteur français s’attaque à un sujet lourd : l’annonce brutale d’un cancer chez un homme de 29 ans et les quelques jours suspendus qui suivent, avant le début des traitements. Présenté comme un drame intimiste, le film suit Nino pendant trois journées de déambulation dans Paris, alors qu’il doit encaisser le choc, préserver sa fertilité et (surtout!) trouver le courage d’en parler à ses proches.
Dès la scène d’ouverture, Nino installe un décalage presque ironique : l’annonce du diagnostic se fait dans un hôpital en pleine grève, envahi par les travaux, les dossiers égarés et une bureaucratie défaillante. Le système de santé est montré comme absurde, désorganisé, presque risible. Le choc de la nouvelle est d’autant plus grand.
Si tout dans cette première scène laisse croire à une approche ironique, voire à une comédie douce-amère sur les ratés du système de santé, le film choisit ensuite une voie (trop) introspective. Le rythme est extrêmement lent, étirant un récit de 1h37 qui en a l’air le double. En effet, le temps ne semble pas suspendu… il s’alourdit. Les scènes s’enchaînent sans véritable tension dramatique, sans montée émotionnelle, comme si le film refusait obstinément tout enjeu.
Comme son personnage principal, d’ailleurs.
Alors voilà. Parlons de Nino. Nino intériorise tout. Nino ne s’énerve jamais, ne tranche jamais, n’extériorise rien. Nino ment sans mentir, esquive sans confronter. Nino semble traverser sa propre vie avec un détachement constant, ce que sa mère résume d’ailleurs assez bien dans une scène d’une belle douceur, alors qu’elle lui raconte sa naissance : « on aurait dit que tu regardais tout, mais tu ne voyais rien ».
Il est donc plutôt difficile de s’attacher à Nino, autrement que par une forme de pitié, et non pas à cause de sa maladie, mais à cause de son mode d’existence anesthésié.
Nino est tout de même interprété de façon remarquable par Théodore Pellerin (montréalais à l’accent français irréprochable, d’ailleurs), car il faut être un excellent acteur pour incarner un personnage de ce genre. Son jeu est tout en retenue et d’une précision impressionnante. Cohérent du début à la fin.
Ses scènes avec William Lebghil, qui joue le meilleur ami, sont parmi les plus réussies du film. Un moment se démarque particulièrement, lorsque ce dernier lui lance : « On va pas faire comme si tout allait bien? » Et Nino de répondre : « Mais on fait déjà tout ça. » Une réplique simple, lucide, qui résume mieux que tout le film la stratégie d’évitement de Nino.
La soirée de fête apporte une respiration bienvenue (même si l’on se demande comment un personnage aussi mutique peut être entouré d’autant d’amis!).
Nino voulait raconter le cancer de manière « originale » : l’après-annonce, l’avant-traitement, ce moment trouble où tout bascule... L’intention est louable. Mais à force de retenue, de silences et de détachement, le film finit par ennuyer plus qu’il ne touche, malheureusement. Et ce, malgré une performance d’acteur indéniable. Dommage.
