Critique

Olivier : Le bruit des vagues noyait les cris de la mère

Ceux qui, récemment, se sont plaints que notre télévision était dépressive et morose ne seront probablement pas emballés par cette nouvelle proposition de Radio-Canada. La série Olivier est violente, bouleversante, touchante, mais aussi, d'un certain point de vue, nécessaire. Elle brosse un portrait ingrat, mais (tristement) juste, d'un Québec rural au lendemain de la Grande Noirceur. Bien des enfants ont été trimbalés, comme Olivier, de maison en maison, de famille en famille, comme de la main-d’oeuvre bon marché.

On est attristé par le destin de cet enfant de la crèche, forcé de chercher sa place dans différents foyers instables. Quand on se rappelle ensuite qu'il s'agit d'une histoire inspirée de la vie d'une personnalité publique québécoise (Josélito Michaud), le malaise n'en est qu'amplifié.

À plusieurs moments dans la série, le téléspectateur détournera le regard et grincera des dents. Les sévices infligés par le père Surprenant (Sébastien Ricard) à sa femme (Évelyne Rompré) sont inconcevables. À ce titre, Ricard livre une performance magistrale dans le rôle de cet homme alcoolique et bouillonnant, qui n'hésite pas à utiliser la force pour faire comprendre à ses enfants et sa femme qui est le maître sous son toit. Son regard mesquin, habité par l'ivresse et l'amertume, vous fera frissonner d'angoisse.

«
Tu es mon esclave et les esclaves, ça obéit.
»

Bien qu'il n'enfile que trois ou quatre mots à la fois (six ou sept dans ses plus longs monologues), le petit Anthony Bouchard sait transmettre l'émotion sans avoir à ouvrir la bouche. Vous aurez, sans aucun doute, envie de l'adopter et de le sauver des griffes de ce monstre, bien trop réel.

Les textes de Serge Boucher (Aveux, Apparences, Feux), d’après le livre « Dans mes yeux à moi » de Josélito Michaud, sont justes et honnêtes. Il n'y a pas de répliques gratuites ici. Chaque mot est pesé, analysé et sert le propos. L'émotion passe beaucoup dans les silences et le jeu exemplaire des acteurs talentueux qui forment la distribution cinq étoiles. La reconstitution historique (décor, costumes, langage) est aussi particulièrement juste et efficace alors que la réalisation sobre de Claude Desrosiers nous plonge avec doigté dans ce Québec de la Révolution tranquille, encore largement influencé par la religion et ses préceptes.

Voilà une série qui, même si elle n'est pas légère, mérite d'être vue, pour ses performances d'acteurs exceptionnelles, ses textes affutés et son message de résilience et d'espoir qui transcende souvent l'austérité des thèmes exploités.

Voyez la bande-annonce et des photos de la série Olivier ici.

Le premier de huit épisodes sera présenté le lundi 11 septembre à 21 h sur les ondes d'ICI Radio-Canada Télé.

* Nous avons vu les deux premiers épisodes de la série.