Critique

Lâcher prise à ICI Radio-Canada : intense, déroutant et sans compromis

Je suis une grande adepte du travail d'Isabelle Langlois. Sa plume incisive, divertissante, souvent hilarante sinon émouvante m'a séduite chaque fois. J'avais complètement craqué pour Rumeurs et ses répliques assassines, je m'étais franchement attachée au trio féminin de Mauvais Karma et j'ai ri ma vie chaque semaine cet automne en regardant Boomerang. C'est donc avec beaucoup d'impatience que j'attendais sa nouvelle comédie dramatique, Lâcher prise, qui s'attaque à un sujet lourd, mais d'actualité; le surmenage. On y retrouve en plus une comédienne que j'adore, Sophie Cadieux, qui se voit enfin offrir le premier rôle qu'elle mérite.

Peut-être n'est-ce simplement pas ce à quoi je m'attendais...

Malgré tout cela, après avoir visionné les quatre premiers épisodes de la série, je demeure perplexe. Pas que je n'aie pas aimé ce qui m'a été présenté. Les comédiens sont excellents, les répliques sont croustillantes, la réalisation de Stéphane Lapointe est adroite et le sujet est pertinent. Peut-être n'est-ce simplement pas ce à quoi je m'attendais... Je pensais véritablement voir une comédie, mais ce qu'on nous propose avec Lâcher prise est loin d'être toujours drôle. On fait, avec le personnage principal, un voyage chaotique jusqu'aux tréfonds de la dépression, une aventure qui pourrait bien en déstabiliser plus d'un, dont moi.

Faisons la rencontre de Valérie, 36 ans, une superwoman dont la vie est réglée au quart de tour. Son emploi prenant l'amène à bosser 80 heures par semaine, et ce, tout en s'occupant de son charmant petit garçon. Son divorce récent l'a certainement ébranlée, mais elle garde les choses bien en main. Jusqu'à ce beau matin ou rien ne va plus. Son fils a des poux, elle est en retard au bureau et puis, vlan, tout s'écroule. La descente aux enfers sera vertigineuse, le chemin pour remonter long, sinueux et parsemé d'embûches. Pendant cette épreuve, Valérie pourra toutefois compter sur l'aide maladroite de sa mère, une habituée de la dépression qui a autant de délicatesse qu'un dix-roues, son ex qui est sorti du placard et le conjoint « Barbie » de celui-ci.

Dans le premier épisode, ça éclate de partout, ça se crie par la tête, ça court dans tous les sens, ça se querelle et se tape dessus. C'est ce qu'on pourrait appeler une très très TRÈS mauvaise journée. À tel point que j'en suis venue à me poser la question : est-ce que tout cela serait possible? Je sais, je sais. C'est juste de la TV. Et je ne suis pas une spécialiste des effets de la dépression, loin de là. Mais la démesure est telle qu'on en vient à ne plus se reconnaître dans ce personnage de super-maman, pourtant crédible au départ, qui disjoncte complètement avant de sombrer dans une phase catatonique. Par chance, certains personnages secondaires sont là pour nous offrir un tant soit peu d'allègement comique, ce qui est complètement nécessaire.

Incarnée par Sylvie Léonard, la mère s'avère le personnage le plus intéressant dans toute cette histoire. Elle parle fort, elle dit tout ce qui lui passe par la tête, peu importe le mal que cela peut faire, mais Léonard réussit en même temps à lui insuffler une humanité et un humour qui sont désarmants.

Dans ce contexte, les acteurs n'obtiennent pas tous les mêmes résultats. Sophie Cadieux joue le tout un peu gros dans les moments intenses, sans attirer de rires en retour. C'était sans doute le but par contre. Son portrait de la dépression est intense et sans compromis. Par contre, elle brille littéralement dans les séquences plus contemplatives ou émotives, ou lorsque son personnage tente de renouer avec son fils et sa mère. Parlons-en de cette mère! Incarnée par Sylvie Léonard, celle-ci s'avère le personnage le plus intéressant dans toute cette histoire. Elle parle fort, elle dit tout ce qui lui passe par la tête, peu importe le mal que cela peut faire, mais Léonard réussit en même temps à lui insuffler une humanité et un humour qui sont désarmants. On craque pour elle. Même chose pour le couple homosexuel qu'incarnent Simon Lacroix et Éric Paulhus, tous deux fort amusants.