Hier soir, vous avez pu découvrir une partie des personnages touchants et colorés de la série Sur le fil, diffusée sur les ondes de Radio-Canada. Rencontrée lors d'un visionnement de presse la semaine dernière, l'autrice Pascale Renaud-Hébert se réjouissait d'avoir pu mettre en lumière le monde méconnu de l'itinérance. « Ma mère est intervenante et fondatrice d'organismes communautaires depuis 37 ans. J'ai vécu une partie de ma vie dans sa première maison. J'ai beaucoup côtoyé ses organismes. » Celle qui souhaite casser les préjugés qui entourent les usagers de centres pour personnes en situation d'itinérance nous a même confié avoir songé à quitter le domaine artistique pour prendre la relève de sa mère, il y a trois ans. Elle y a toutefois renoncé en raison de son projet de série qui allait voir le jour. Elle sait qu'elle saura faire une différence, à sa façon, en peignant le portrait le plus juste possible de ce monde à l'écran.
Je trouve ça beau de montrer ces gens-là avec autant d'authenticité.
L'autrice n'avait d'ailleurs que de bons mots pour ses collègues comédiennes et comédiens. « Je les trouve tellement bons et je trouve tellement qu'ils représentent bien ces gens-là, avec sincérité et humanité. » Elle nous rappelait d'ailleurs que personne n'était à l'abri d'une situation précaire. « C'était important pour moi que rapidement les gens s'identifient, qu'ils puissent se dire que ça pourrait être eux-mêmes ou un proche. » Pensons à Martin, le personnage que joue de façon bouleversante l'acteur Mickaël Gouin, qu'on a pu découvrir dans le premier épisode. Un père de famille complètement démuni qui se retrouve bien malgré lui au Centre Lavoie avec ses deux enfants, le cauchemar de tout parent. « En ce moment, les statistiques sont quand même probantes. Il y a un rapport qui est sorti il y a quelques mois. C'est clair qu'il y a une bonne partie de la population qui n'est pas si loin de se retrouver dans une situation semblable. » D'où tout le sérieux de la démarche de l'autrice pour s'attaquer aux fausses croyances.
C'est pas juste une personne qui quête sur le coin d'une rue. C'est aussi une personne qui a le goût de conter des jokes, puis de raconter son film préféré.
Pascale croit qu'il est d'autant plus primordial d'exposer le nouveau visage de l'itinérance. « C'est une vraie affaire. Ça change. Ma mère, qui a été consultante sur la série durant l'écriture, nous disait qu'il y a des gens qui fréquentent présentement ses organismes, qu'elle n'aurait jamais vus il y a 10 ans. » On peut penser à Anne-Marie, jouée par la grande Anne-Marie Cadieux, cette femme anciennement cadre d'une compagnie qui a malheureusement tout perdu. « Un jour, j'ai rencontré un homme qui était PDG d'une entreprise, qui s'est retrouvé à vivre dans son auto pendant des mois, puis éventuellement, dans la rue. Sa situation était triste, mais en même temps, il faisait des blagues », nous confiait la créatrice de la série.
Il n'y a rien qui est purement sorti de ma tête. Ce sont toutes des histoires qu'on m'a racontées et que j'ai retravaillées pour que personne ne puisse se reconnaître.
Puisque la réalité qui les entoure est extrêmement dure, il était important pour l'autrice de poser également une touche d'humour à son récit, question d'alléger le propos. La présence de Keven, interprété savoureusement par Sam-Éloi Girard en est un exemple. On s'attache d'ailleurs rapidement à celui-ci, à sa naïveté et à son autodérision. « Ces gens-là ont beaucoup d'humour. Il n'y a pas que de la lourdeur chaque jour, chaque heure, chaque minute. »
On a vraiment fait attention à ce que ce soit super réaliste et non caricatural. On voulait vraiment traiter ce milieu-là avec beaucoup de respect, de vérité et d'humanité.
C'est ce qui fait la grande force de la série, selon elle. Cette connexion puissante entre les intervenants et les usagers, livrée magistralement par ses interprètes. « C'est ce qui fonctionne le mieux à l'écran. » Lorsqu'elle l'évoque, on sent tout l'attachement et la considération qu'elle ressent pour ce monde qu'elle connaît très bien.
Nous avons été ravies d'apprendre que Pascale planche présentement sur de nouveaux personnages et de nouveaux enjeux en prévision d'une deuxième saison. « Tu sais, c'est un endroit de passage. Ce n'est pas un lieu où on s'arrête pour toujours. Je vais avoir certains deuils à faire, parce qu'il va falloir que des personnages avancent. Je vais devoir en laisser partir. » Chose certaine, l'autrice souhaite ardemment que suite au visionnement de la première saison de Sur le fil, nous ayons envie de tendre la main à notre prochain. Que lorsque nous croiserons la route d'une personne en situation d'itinérance, nous aurons le goût de la saluer et de lui demander comment elle va. Notre petit doigt nous dit que son désir saura faire son bout de chemin.
Pour visionner la série Sur le fil, rendez-vous sur les ondes de Radio-Canada les lundis, 21h.






