La série Sur le fil a pris tout le monde par surprise cette saison, en nous présentant des histoires bouleversantes mettant en lumière les différents visages de l'itinérance, un projet concocté avec une immense sensibilité par Pascale Renaud-Hébert. Dans le cas de notre télévision québécoise, mais particulièrement dans le cas de Sur le fil, l'expression « le tout est plus grand que la somme de ses parties » prend tout son sens, puisque l'on constate à l'écran le travail et la passion de tous les artistes et artisans qui y ont contribué. Un élément attire particulièrement notre attention.
Les métamorphoses qui sont présentées dans la série font toute la différence et nous permettent de croire davantage en ces personnages usés par la vie. Plus encore, de telles transformations sont de plus en plus rares dans notre télévision québécoise, connaissant les budgets limités qui l'incombe. Nous en avons discuté avec Jennifer Dionne, cheffe maquilleuse sur le plateau de Sur le fil, l'artiste passionnée derrière ces maquillages qui nous étonnent chaque semaine.
Pour celle qui maquille sur des plateaux de télévision depuis sept ans maintenant, notamment sur les projets du réalisateur Stéphane Lapointe (Faits divers, Avant le crash), la série Sur le fil est le parfait terrain de jeu pour mettre à profit son imagination et sa créativité, en compagnie de sa complice de toujours, Carole Labranche. « On n'a plus le temps de faire des tattoos. On n'a plus le temps de faire des cicatrices dans la face. On n'a plus le temps, presque, de casser des gueules. Et je comprends parce que la télé, ça va vite maintenant. Mais enfin, avec Sur le fil, j'ai une production qui a compris que c'était nécessaire, que c'était important de me donner une heure par personnage chaque matin.
A Média et KOTV ont compris que ce show-là, Sur le fil, il fallait donner un peu de love.
Ce faisant, Jennifer Dionne, sa collègue Carole et les artistes arrivent très tôt sur le plateau de tournage, avant l'aube parfois, pour s'assurer d'être prêts pour de grosses journées de tournage. La transformation du comédien Pierre-Paul Alain, qui est dans la vraie vie aux antipodes de son personnage de Nelson, est marquante. (Le texte se poursuit plus bas)

« Cette photo du moniteur, c’est à ce moment-là qu’on a compris qu’on avait un personnage », nous montre Jennifer, qui a métamorphosé ce comédien si sympathique en petit bum de ruelle. « Quand Pierre-Paul est arrivé, je me suis dit, on dirait qu'il faudrait qu'il soit dégueulasse », nous explique Jennifer en riant.
Pierre-Paul a embarqué tout de suite là-dedans. Il avait quelques idées, mais il m'a laissé vraiment flyer.
« Anita Sanchez, la cheffe coiffeuse, a travaillé sa chevelure déjà longue pour lui donner un effet gras, et la magie allait continuer au maquillage », détaille-t-elle. « Salissure en poudre, bronzage, cernes, et cicatrice sur la joue. Un ajout de faux piercing en mode « stretch », un faux piercing dans son nez aussi, noir. Pas argent, pas silver. Ça fait trash. C'est ça qu'on voulait. Et le tour était joué! Il fallait aussi faire ressortir toute la "coquetterie" de sa dentition : je l’ai teintée en gris et là, Nelson était né! »
On a enlevé tout le charme, tout joli, tout gentil, qu'il avait dans le visage, mais avec son oeil un peu charmant.
Les différents éléments de cette métamorphose sont détaillés dans les photos ci-dessous, fournies par Jennifer Dionne.
« Chaque fois que j'ajoutais quelque chose, Pierre-Paul était comme " oh my gosh, oh my god, oh my god". Il savait où il s'en allait avec son Nelson », parce qu'on l'oublie, mais l'habit fait parfois le moine en télévision. Des costumes, une coiffure et un bon maquillage peuvent permettre aux interprètes d'arriver plus rapidement à l'interprétation souhaitée. Mickaël Gouin, Ariel Charest, Sam-Éloi Girard ont tous eu droit à des transformations signées Jennifer Dionne et Carole Labranche : « Ils ont vraiment été fins avec moi, les comédiens. On buvait du café ensemble, on mettait de la bonne musique. J'étais souvent toute seule dans le sous-sol avec eux, bien avant que les costumes arrivent, bien avant que la coiffure arrive », ajoute la maquilleuse.
Le réalisateur Sébastien Gagné a d'ailleurs réagi avec étonnement lorsqu'il a aperçu Pierre-Paul maquillé la première fois, comme nous le confie Jennifer : « Sébastien, il a fait "Jen, Jen, Jen", il m'a pris dans ses bras. On avait tous les yeux plein d'eau. On avait fait un personnage de ce gars-là. »
Passionnée et enjouée, Jennifer Dionne est, sur les plateaux comme dans la vie, une dose de vitamine qui fait du bien. « Moi, avant d'être une fille de La Pocatière, avant d'être la femme de mon mari, je suis une maquilleuse, man. C'est ça qui me transporte », conclut-elle avec toute l'effervescence qui la caractérise.
C'est mon pays, man! C'est ça que j'aime.
Sur le fil se poursuit les lundis à 21 h sur les ondes de Radio-Canada. Un épisode est déposé chaque semaine en primeur sur l'Extra d'ICI Tou.tv.
On pourra aussi voir le travail de Jennifer Dionne dans le film Villeneuve, qui prend l'affiche dans les cinémas le 11 novembre, de même que dans la série C'est beau pareil (avec son complice, le réalisateur Stéphane Lapointe) sur les ondes de Télé-Québec en mars prochain. C'est à voir!


