Ce mardi 31 mars, Chantal Lamarre présentait en première médiatique son premier spectacle solo Steppettes et cornemuse. Comme je me doutais que je n'étais pas le public cible de ce nouveau one-woman-show - elle dit elle-même s'adresser aux membres de la FADOC, aux nouveaux vieux, aux anciens cutes - je me demandais si j'allais me sentir concernée et donc, si j'allais apprécier. Même si elle parle effectivement à une génération qui a connu les cabarets, la fièvre du disco, le Woolco et les ponchos dans les spectacles en plein air de Paul Piché, elle arrive à y inclure les plus jeunes de façon étonnante et brillante.
En début de soirée, elle demande l'âge de son public et s'adresse directement à une jeune spectatrice dans la vingtaine, puis lui raconte les aléas d'une époque révolue. À de nombreux moments dans le spectacle, elle parle directement à cette demoiselle de la génération de sa fille, parfois pour expliquer des choses, parfois pour s'excuser ou pour lui faire des demandes spéciales. Ainsi, les plus jeunes ne sont pas complètement largués. On suit Chantal dans ses anecdotes et ses références méticuleuses avec intérêt et fascination. Elle a une façon exceptionnelle de raconter le Québec des années 60 et 70. Si tous les professeurs d'histoire avaient cette verve et cet enthousiasme à l'ouvrage, il y aurait bien moins de décrochage scolaire.

La qualité des textes demeure la principale qualité de ce spectacle nostalgique et instructif. Chantal Lamarre a une manière originale de dépeindre les choses du quotidien. Elle décrit notamment le fait de « scroller » sur son cellulaire comme un « vortex d'abrutissement volontaire » et dit, entre autres, qu'à une certaine époque, le monde entier était « alpha-systémique ». Elle parle aussi de son vieillissement et tout ce qui vient avec, avouant notamment qu'elle est davantage attiré par les plaisirs gourmands que ceux de la chair, préférant maintenant être prisonnière d'un ascenseur avec un gros carré aux dattes qu'avec Sébastien Delorme.
Oui, il s'agit essentiellement de stand-up, appuyé par quelques supports visuels et accessoires, mais la comédienne chante, danse et anime aussi un karaoké de chansons d'oiseaux au fil de la représentation. Dans son tout dernier numéro, elle magasine ses pré-arrangements, faisant ses recommandations pour ses funérailles et interprète même une chanson qu'elle a composée pour la cérémonie. Steppettes et cornemuse est un spectacle très varié qui va au-delà de l'humour. Chantal Lamarre propose un véritable voyage dans le temps duquel on ressort plus apte à affronter le présent, parce que plus sereins avec le passé. Celle qui avoue vouloir se recycler en zouave pontifical (parce qu'il s'agit d'un poste d'autorité déguisé en clown) nous a complètement charmés du début à la fin. Qu'on ait 20, 40, 50 ou 70 ans, on peut y trouver son compte. Rejoindre un public si large est une faculté très rare. Bravo à la nouvelle vieille membre de la FADOC et future zouave de Rome pour cet exploit digne de mention.



