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Pas facile d'être fan de Guillaume Wagner

Guillaume Wagner est certainement l'un des humoristes les plus corrosifs et caustiques du milieu de l'humour actuellement. Il a souvent fait les manchettes pour les mauvaises raisons, notamment lors d'une prise de becs (et de mots) avec Martin Matte.

Wagner dit ce qui lui passe par la tête et se préoccupe bien peu de ce que les autres peuvent en penser. C'est du moins ce que son personnage de scène nous laisse entendre. Dans ce nouveau spectacle, intitulé Du coeur au ventre, l'humoriste est toujours aussi sévère envers les gens et les choses qui l'exaspèrent; ceci inclut le vedettariat. Il n'épargne personne, encore moins ses confrères humoristes, qui passent dans le tordeur les uns après les autres. Jay Du Temple pour avoir accepté d'animer une téléréalité, Jérémy Demay pour écrire des livres de croissance personnelle, Mario Jean, Philippe Bond, Les Morissette. Sans surprise, il s'attaque aussi à ses cibles préférées : Richard Martineau et sa femme, Sophie Durocher.

Il y a sous les propos sévères de Wagner des idées de gauche pertinentes et des gags engagés fort bien ficelés. Cette blague sur l'homme blanc occidental qui joue au poker avec une autochtone lesbienne s'avère l'une des meilleures lignes du spectacle et probablement l'une de ses plus brillantes en carrière aussi. Soulignons d'ailleurs que le discours de Guillaume Wagner est beaucoup plus féministe qu'avant. Le précédent spectacle renfermait quelques commentaires machistes, mais ils ont été ici complètement éradiqués de son monologue. Devrait-on remercier Mélanie Boulay pour ça? On présume que oui.

Mais, tout n'est pas parfait dans la tirade de Wagner. Certaines idées s'entrechoquent et se contredisent. Il conseille à son public d'être plus rebelle, mais aussi plus « fif ». De lâcher leurs jobs misérables « au pire moment possible » pour ébranler le système, de fumer du pot, mais de refuser de boire 28 shooters d'un trait. Il défend corps et âme la cause des femmes, mais ne se gêne pas pour lancer quelques références intempestives sur les handicapés. Le discours n'est pas entièrement cohérent, mais il a certainement le mérite d'être différent. Et, dans un milieu où l'on trouve que les mêmes sujets et factures se répètent, Guillaume Wagner est un vent de fraîcheur.

Oui, Guillaume Wagner est grinçant, cynique et effronté, mais on ne peut pas dire qu'il ne nous a pas avertis. D'entrée de jeu, l'humoriste remercie ses fans d'être toujours présents, plus que conscient que ce n'est pas une tâche facile d'aimer un agitateur tel que lui. Il met en garde ceux qui ont acheté un billet pour son spectacle sans trop connaître son style. En effet, sans avertissement au préalable, certains pourraient être dérangés, voire offensés par les raisonnements tranchants de Wagner, mais son public - les trentenaires de gauche - seront ravis par l'insolence de leur idole, c'est garanti.