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Singeries amusantes et sanglantes

3.0
Notre critique

Johannes Roberts signe son meilleur film avec cette satire sanglante qui troque les requins pour un singe tueur, livrant un divertissement viscéral qui ne se prend jamais au sérieux.

Figure emblématique du cinéma de science-fiction (2001: A Space Odyssey, Planet of the Apes et, de façon allégorique, 12 Monkeys), le singe n'a étrangement jamais pu se faire valoir sur le plan horrifique, si ce n'est chez George A. Romero avec son sous-estimé Monkey Shines. Cela commence à changer. Après la sortie en 2025 de The Monkey, une adaptation satisfaisante de la nouvelle de Stephen King, place à l'efficace Primate qui pousse l'épouvante encore plus loin.

Les vacances s'annoncent paradisiaques pour Lucy (Johnny Sequoyah, de la série Dexter: New Blood) et ses amis qui se trouvent dans l'immense résidence hawaïenne de papa (Troy Kotsur, oscarisé pour Coda). Mais lorsque Ben, le vaillant primate adoptif de la famille, développe la rage, ses comportements violents mettent en péril l'existence de ses proches.

Qu'est-ce qui a bien pu mordre Johannes Roberts? Adepte de séries B horriblement mauvaises (The Other Side of the Door, Forest of the Damned) et de suites inutiles (Resident Evil: Welcome to Raccoon City, The Strangers: Prey at Night), le réalisateur est surtout connu pour ses films de requins - 47 Meters Down et sa suite Uncaged - qui vampirisaient sans vergogne Jaws et The Descent. Il devait être drôlement inspiré par le sujet de Primate, car il signe facilement son meilleur film en carrière.

Avec son coscénariste Ernest Riera, il s'est appliqué à jouer avec les genres. En mélangeant, par exemple, le drame familial animalier classique avec le slasher et le film de braquage à domicile. Aucun cliché n'est épargné, des victimes qui se cachent dans un garde-robe à celles qui trouvent refuge au sein d'une automobile. Les personnages sont tellement stéréotypés et leurs décisions complètement stupides qu'il n'y a rien à prendre au sérieux dans cette satire qui n'est pas sans rappeler Scream, dialogues débiles et humour douteux en sus.

La vraie vedette du récit est le chimpanzé qui s'affiche dans toute sa folie et sa terreur. Ses rires diaboliques risquent d'ailleurs d'en marquer plus d'un. Quelle bonne idée de recourir à des effets pratiques au lieu de se tourner vers le numérique ! L'horreur devient ainsi palpable, distillant un parfum nostalgique qui rappelle les productions horrifiques des années 1980.

Si le long métrage prend son temps à démarrer (l'effet King Kong), il devient amusant lorsque la bête perd la tête. Non seulement les scènes sanglantes se succèdent, mais elles sont étirées plus longuement que d'habitude. Le monstre ne fait pas seulement du mal à ses victimes. On le voit arracher des visages et démembrer des corps. Une destruction physique éprouvante où la répulsion finit par se transformer en amusement sadique. Le tout est décuplé par une mise en scène immersive, où l'utilisation du son, de la musique et de la caméra (angoissante à la It Follows, séquence de piscine en prime) surprennent régulièrement.

Il ne faut pas s'attendre à une réflexion profonde en se tournant vers Primate. Ce n'est pas l'inoubliable introduction de Nope de Jordan Peele et sa métaphore éblouissante sur la société du spectacle. On se retrouve plutôt avec les éternels poncifs «on ne peut dompter la nature qui finit par se rebeller», «le père absent doit protéger sa famille» et «l'héroïne fera le deuil de sa mère». Le plaisir du spectateur est davantage primaire et quasi animal : celui de la violence et du sang, de la frousse ridiculement exagérée qui procure un exutoire aux angoisses quotidiennes.