Depuis 2008, Radio-Canada fait rayonner la relève musicale québécoise avec son programme Révélations, où près de 90 artistes ont été mis en lumière à travers les années. Jeudi dernier, pour sa 19e édition, six artistes ou formations musicales nous ont été présentés en direct du Studio 3 de Radio-Canada. Cette brillante cohorte 2026-2027 nous confirme une fois de plus que le Québec est incontestablement un incubateur de talent.
Marie Céleste est un quintette alternatif et éclectique originaire d'Alma au Lac-Saint-Jean, qui nous propose des mélodies accrocheuses et des arrangements recherchés. La formation, composée de Simon Duchesne (guitare, voix), Philippe Plourde (clavier, voix), Olivier Tremblay (basse, voix), Zachary Tremblay (guitares, piano) et Guillaume Sliger (batterie) a sorti son premier album Feux de joie en 2024, ainsi qu'un second, Tout ce qui brille, en mars cette année. Dès la première écoute, la voix chaude et suave de Philippe a capté tout de suite notre attention, s'apparentant par moment à celle de Serge Fiori (Harmonium), ce qui n'est pas peu dire! Plusieurs pièces musicales nous proposent aussi des montées tout à fait réjouissantes, comme c'est le cas pour la chanson Elle vit dans les bois, à découvrir absolument.
Rencontrés jeudi, les musiciens avouaient que pour des gens du Lac-Saint-Jean, cette reconnaissance est incroyable, voire inimaginable. « À l'époque, quand je disais à ma mère que j'allais faire de la musique, elle ne voyait que les côtés négatifs. Pour elle, une récompense comme celle-là, c'était inatteignable. Alors de l'atteindre, c'est comme battre les odds un peu », nous confiait Zachary. Puis Philippe, d'ajouter :
Oui, c'est un big deal, les Révélations Radio-Canada. On y a vu passer Karim Ouellette, Klô Pelgag, Philippe Brach, des gens qu'on a écoutés toute notre adolescence. C'est vraiment spécial.
Ils espèrent d'ailleurs avoir un jour la même influence sur des jeunes qui aspirent peut-être à une carrière en musique, tout comme eux. « C'est vraiment excitant pour ça, de pouvoir s'inscrire dans cette tradition-là », ajoutait Simon, enthousiaste. Ce qu'ils apprécient par-dessous tout, c'est que cette passion pour la musique cimente de belle façon leur précieuse amitié, qui pour certains d'entre eux remonte au primaire. Lorsqu'on leur a demandé par quelle chanson commencer pour les découvrir, les gars se sont entendus non pas sur une, mais sur deux chansons qui les représentent particulièrement bien, soient « 2 goélands » et « La lumière ». « La lumière, y a quelque chose de vraiment très emphatique, super ambitieux. Je me plais à dire qu'on est quand même une petite usine à grosses chansons. Il y a beaucoup de capacités à l'intérieur du groupe. Oli, c'est un super bon arrangeur. On est tous quand même de bons compositeurs. J'ai l'impression que cette chanson-là, c'est comme une belle démonstration de ce qu'on est capable de faire », concluait avec assurance Philippe.
Anyma Ora' est une autrice-compositrice-interprète issue de la Première Nation wendat. Toute petite et délicate, la jeune femme, née Danyka Sioui, surprend avec sa voix habile et puissante, livrant de façon affirmée des textes strictement anglophones. Son univers électro-pop envoûtant aux sonorités autochtones contemporaines a de quoi plaire assurément. D'ailleurs, son premier microalbum, Humans (2021), a été acclamé par la critique. Elle a aussi obtenu plusieurs distinctions marquantes en 2025, dont le Prix Stingray.
Nous avons d'abord échangé sur le thème de l'eau qui semble avoir une importance capitale dans son oeuvre, pensons notamment au simple « FISH » sorti cette année. « Je suis née juste à côté d'une rivière à Wendake, donc la rivière Akiawenrahk, qui signifie la Rivière à Saumon. Pour moi, l'eau a une mémoire. L'eau circule, la rivière est forte, les chutes sont puissantes, il n'y a rien qui peut l'arrêter. Et c'est de l'eau qui voyage, c'est pas juste comme un lac. Un lac va nous apporter énormément de tranquillité, d'introspection, mais la rivière nous porte avec elle, elle nous montre que malgré les roches, malgré le courant, tout continue tout le temps, que la vie, c'est un peu ça, c'est ce cycle-là. »
Questionnée sur la pause qu'elle s'est accordée suite à son succès de 2021, elle nous a avoué avoir surtout eu besoin de se retirer de toute l'exposition médiatique. Elle en a toutefois profité pour écrire toutes les chansons qui paraîtront sur son prochain album. Elle a eu aussi le plaisir de donner tout de même des spectacles un peu partout au Québec. Quand on lui a demandé ce que signifiait pour elle cette récente reconnaissance de la part de Radio-Canada, elle a avoué être ravie de pouvoir représenter son peuple de cette façon.
Recevoir cette marque de confiance là, c'est prestigieux.
Elle invitait toute personne s'apprêtant à découvrir ses chansons à commencer par la pièce « Circus ». « C'est ma première, celle où j'étais le plus naïve, je ne savais pas dans quoi je m'embarquais. C'est elle qui a le moins de contrôle de ma part. Elle me représente bien. »
Marvin Caleb est né et a été élevé en Guadeloupe. Il rend hommage à ses racines à travers sa musique qui se veut rassembleuse et qui propose une fusion de rythmes afro-caribéens entre zouk, R'n'B et afrobeat. Celui qui a sorti son premier album LOVE, ENGAGE en 2023, puis son second Siwo boy en 2025, a découvert le beatboxing et un logiciel d'enregistrement à l'âge de 8 ans. À partir de ce moment, sa vie a changé littéralement et sa passion pour la musique ne l'a plus jamais quitté. « J'étais ce petit garçon qui s'enfermait dans sa chambre pour écrire. Pas beaucoup d'amis, assez solitaire. La musique, c'était comme un moyen de partager, d'être avec les autres. Ça a souvent été ça pour moi. » Il nous a confié ensuite avoir été grandement inspiré par Bob Marley.
C'est comme un père, je dirais musical, mais aussi spirituel.
Marvin soulignait aussi que tout comme son mentor, il trouve refuge dans la musique et la voit comme une façon universelle de s'unir aux autres. Quand on lui a demandé comment il voyait la suite des choses, il s'est dit d'abord extrêmement touché de faire partie des heureux élus sacrés Révélations 2026-2027. « C'est un mélange d'émotions, entre le stress, l'excitation, la motivation. C'est pas rien d'être révélé sur Radio-Canada. C'est une nouvelle aventure que j'ai hâte de découvrir. » À travers sa musique, il souhaite faire voyager le Québec et la Guadeloupe partout dans le monde. « Un peu comme vient de faire Angine de Poitrine, c'était beau de les voir à Jimmy Fallon. C'est ce que je peux souhaiter pour moi, que ça me mène le plus loin possible. »
Kamilou est une artiste montréalaise à la tignasse teintée de bleu et au style musical polyvalent. Elle navigue à travers plusieurs genres, du rap au trap, en passant par des influences jazz, pop et soul. Ce qui nous marque le plus, ce sont ses textes introspectifs, dans lesquels elle aborde des thèmes tels que la résilience, l’amour et les luttes sociales. En 2021, elle a dévoilé son premier microalbum Lovy, puis a lancé en octobre 2025, le microalbum Pour toujours et à jamais. Étant de nature plutôt réservée, elle étonne sur scène avec une présence plus affirmée.
Celle qui a écouté beaucoup de rap, mais aussi beaucoup de musique québécoise dans sa vie, comme Jean Leloup, Hubert Lenoir, Les Louanges et Lisa Leblanc, a été vraiment honorée de faire partie des six artistes sélectionnés. « Je suis très reconnaissante. Radio-Canada m'a toujours bien accueillie et a beaucoup contribué à pousser mon projet cette année, ça m'a beaucoup aidée. C'est juste le fun de savoir que ces gens-là veulent continuer et qu'on va faire ça ensemble cette année. » C'est en lisant de la littérature québécoise que l'artiste s'est sentie encore plus interpellée par sa langue. « Je m'identifiais plus aux personnages parce qu'ils étaient québécois. Je me suis dit que les gens vont peut-être plus s'identifier à moi parce que je suis québécoise et qu'on parle le même langage. » Au-delà des mots, elle précisait que c'était aussi une question de culture.
On a tous vécu la même affaire ici. Que ce soit à travers l'hiver ou le paysage. Il y a quelque chose de très québécois que j'essaie de garder dans mon art, que je trouve important.
Pour la découvrir, on vous invite à écouter sa plus récente pièce, « Paranormal ».
PATCHE est un collectif montréalais audacieux qui propose une musique instrumentale née de séances d’improvisations déconstruites, puis assemblées en compositions colorées et harmonieuses. Apparemment incroyables sur scène, Eliott Durocher Bundock, Henri Bouchard, Lévy Bourbonnais, Mandela Coupal-Dalgleish et Jean-Bruno Pinard produisent un savant mélange d’avant-garde, de krautrock, de techno et de dance qui sait soulever une foule assurément. Avec trois albums à son actif, dont le dernier Mode paru en 2025, la formation est déjà connue à l'international.
Quand on les a rencontrés jeudi dernier, on les a d'abord questionnés sur la signification du nom Patche, qu'on a trouvé original et excellent. « En fait, on avait eu l'idée Patch, pas de E, qui fait allusion à la musique qu'on fait, qui utilise des synthétiseurs qu'on appelle des Patchs. Il y avait la notion du Patchwork, la courte pointe. Puis là, on jasait avec le label qui soulignait que si tu fais Patch sur un site web, ça va être dur d'avoir la référence. Puis là, on a dit peut-être avec un E à la fin, ça va le franciser d'une certaine manière. » Ce qui les amuse beaucoup d'ailleurs, c'est que selon où ils se trouvent dans le monde, leur nom tend à être déformé, devenant parfois Patché ou Patching. Peu importe, ils sont très reconnaissants de pouvoir voyager ainsi, étant tout à fait conscients de la complexité que cela implique. « On est quand même cinq, ce n'est pas évident. Ça fait qu'on a une belle équipe, Ambiances Ambiguës, c'est l'équipe de production, la gérance. Sans eux, ça ne marcherait pas », nous confiait Lévy Bourbonnais.
Le collectif montréalais a vu plusieurs de ses collègues recevoir cette même reconnaissance de la part de Radio-Canada et se réjouit que ce soit maintenant son tour. « C'est sûr que c'est quelque chose... devenir Révélations. Je pense que ça donne quand même un bon petit boost à la carrière », assurait Jean-Bruno Pinard.
Je pense que c'est une bonne petite tape dans le dos.
Pour découvrir la musique de Patche : optez pour la chanson « Boulet » si vous devez vous entraîner, « Influence » si vous ressentez une envie plus pop de danser et la chanson « Heinz » pour un côté plus rave industriel.
Duo étrange est un duo voix-violoncelle formé par la soprano Vanessa Croome et la violoncelliste Sahara von Hattenberger, qui vivaient à Vancouver avant, mais qui sont maintenant établies à Montréal depuis 2017. Ensemble, elles se spécialisent dans la création et l'interprétation classique d'œuvres contemporaines. Après quelques années de dur labeur qui ont permis la sortie de leur premier album intitulé I Wish I Were Dead, paru en 2026, les deux femmes ne peuvent qu'être emballées de voir l'engouement qu'elles suscitent, comme le soulignait Vanessa. « C'est un peu surréaliste pour nous. On a commencé à travailler ensemble en 2023. Puis, c'est allé quand même vite, mais d'avoir un honneur comme ça, un prix comme celui-là, ça change nos vies. » Elle ne peuvent que se féliciter d'avoir eu la brillante idée de rendre la musique classique contemporaine plus accessible. « Des fois, on trouve que la musique classique contemporaine est un peu nichée. Nous, on aime ça, mais on voulait trouver quelque chose qui toucherait le public peut-être d'une façon un peu différente, qui toucherait les émotions humaines. »
La voix et le violoncelle, c'est vraiment un duo étrange, mais ça devient comme deux voix.
Elles nous proposent de les découvrir avec la pièce « Kväll », une chanson suédoise. « C'est l'une des premières chansons qu'on a travaillée ensemble. Et c'est aussi dans une clé qui a été arrangée spécialement pour notre projet par Sahara. C'est originalement un peu plus grave. » Une magnifique chanson qui met la voix de la soprano en valeur et dont la poésie parle de la nature lors d'un hiver intense, de trouver refuge dans la mémoire de ceux qu'on aime.
Nous vous souhaitons maintenant de magnifiques découvertes musicales. Quand on pense que des artistes comme Dominique Fils-Aimé, Coeur de Pirate ou Les Louanges ont passé par cette même reconnaissance, nous ne pouvons que souhaiter une carrière musicale tout aussi étincelante aux six nouvelles Révélations de l'année 2026-2027.

