Publicité

Margot Robbie et Jacob Elordi dans une version aseptisée à faire hurler les puristes

2.5
Notre critique

À moins que vous soyez âgé entre 12 et 17 ans et que vous soyez en pâmoison devant Jacob Elordi et Margot Robbie, cette nouvelle adaptation (trop) libre du roman d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent, devrait vous laisser assez indifférents... Car tel un adolescent, ce film se cherche une personnalité, tente d’imiter, désire être validé et refuse de s’assumer.

Publié en 1847, le roman unique d’Emily Brontë est un monument de la littérature anglaise. Œuvre sombre, tourmentée, traversée par la lande sauvage du Yorkshire, Wuthering Heights raconte l’amour obsessionnel et destructeur entre Heathcliff (Jacob Elordi) et Catherine Earnshaw (Margot Robbie). Un amour qui dépasse la morale, les classes sociales, le temps… et même la mort.

Au cinéma, l’histoire a été adaptée à plusieurs reprises, dont une version hispanique signée Luis Buñuel en 1954, mais celle de 1939 avec Laurence Olivier demeure la plus iconique. Chaque époque y projette ses obsessions : romantisme exacerbé, lutte des classes, lecture féministe ou exploration de la violence psychologique.

Cette nouvelle adaptation, réalisée par Emerald Fennell (qui nous avait pourtant offert le délicieusement vénéneux Saltburn en 2023), promettait une relecture sulfureuse et contemporaine du mythe. Quelle catastrophe.

Ce qui dérange le plus, ce n’est pas que le film prenne des libertés. Toute adaptation en prend. C’est qu’il ne raconte tout simplement pas le roman. Wuthering Heights, ce n’est pas qu’une romance gothique entre deux jeunes gens fougueux. C’est une fresque générationnelle, une tragédie sociale, un récit de vengeance qui s’étire sur des décennies. C’est une architecture narrative complexe, avec récits enchâssés. Ici, tout est aplati. Simplifié. Édulcoré.

Et surtout (élément crucial!) le roman n’est pas hystérique au sens adolescent du terme. Il est violent, oui. Sauvage. Brutal. Mais jamais décoratif. Or, dans le film, l’hystérie effleure sans être assumée. On flirte avec l’excès sans jamais l’embrasser pleinement.

Visuellement, on sent constamment des influences. Un cadre frontal et coloré qui rappelle Wes Anderson. Des élans aristocratiques et poudrés évoquent Marie Antoinette de Sofia Coppola (2006). Certaines compositions et froideurs absurdes lorgnent du côté de Yorgos Lanthimos.

Mais tout cela demeure au stade de l’imitation. Du « wannabe », comme chanterait les Spice Girls. On essaie des textures, des poses, des tableaux. Ça a l’air travaillé… presque trop. Trop propre pour être vraiment ironique. Trop appliqué pour être subversif. Il n’y a pas de fil conducteur clair. On tente des choses. Certaines scènes sont théâtrales au point d’en devenir artificielles, presque « cheap ».

Les personnages, dans le roman, ne sont pas attachants. Ils sont cruels, égoïstes, imprévisibles. Mais ils sont fascinants. Ici, ils sont simplement distants. Jacob Elordi compose un Heathcliff plus mélancolique que menaçant. Il est beau, sombre, presque romantique… mais rarement inquiétant. Margot Robbie, quant à elle, tente d’insuffler de la fièvre à Catherine, mais le personnage demeure esquissé, prisonnier d’une direction artistique plus préoccupée par l’esthétique que par la profondeur émotionnelle. On les regarde jouer sans jamais ressentir la déchirure qui devrait nous traverser.

Heureusement, les paysages fonctionnent. Ils sont sublimes. Le vent hurle. La nature retrouve son rôle de personnage. Là, on sent enfin quelque chose de vrai. Mais la tempête visuelle ne suffit pas à compenser le vide émotionnel…

Ce qui manque? L’âme du roman. Sa noirceur existentielle. Sa rage sociale. Son romantisme désespéré. Emerald Fennell voulait sans doute dynamiter le classique. Elle l’a plutôt dénaturé. Emily Brönte doit certainement se retourner dans sa tombe…