À froid regorge d'inspirations hollywoodiennes, non seulement par le talent qui est réuni dans ce thriller se déroulant dans l’Ouest canadien, mais également par sa facture visuelle très recherchée. Dès la scène d’ouverture, montrant l’arrestation d’Ava (Maika Monroe), les cinéphiles astucieux pourront reconnaître l’esthétique nerveuse des frères Josh et Benny Safdie et les couleurs vives du cinéma de Tony Scott, alors que la protagoniste tente de s’évader de la police, mais en vain.
Ava est une trafiquante de drogues, et souhaite immédiatement réintégrer ce monde criminel lorsqu’elle est libérée de prison deux ans après son arrestation. Son frère, Tom (Jesse Irving), n’est pas confortable avec cela, mais accepte toutefois de l’emmener à une transaction. Cependant, ces derniers sont arrêtés sur la route par Bob Whyte (Allan Hawco), un shérif corrompu, qui est venu pour les tuer. Tom est malheureusement frappé, tandis qu’Ava réussit à éviter cette tentative de meurtre. Une longue poursuite s’ensuit entre elle et les policiers.
Le film est essentiellement une succession de plusieurs poursuites, soit à pied, ou en voiture, alors qu’Ava a désespérément besoin d’aide, mais ne peut faire confiance à personne. Elle souhaite reprendre le contact avec son père (joué par Troy Kotsur), mais leur relation est distante et tendue. Leurs scènes ensemble, les seuls moments de répit qu’offre Giroux à travers ce récit anxiogène, sont déchirantes. Puisque Kotsur est sourd, la langue des signes doit être utilisée, ce qui permet aux deux acteurs de représenter un lot d’émotions complexes à travers les personnages que les mots ne leur permettraient pas d’explorer.
À cet égard, Maika Monroe est exceptionnelle et livre probablement la meilleure performance de sa carrière, qui, jusque-là, était plutôt connue pour ses rôles dans des films d’horreur, dont It Follows et Longlegs. Dans À froid, Monroe s'attarde sur l'intimité de son personnage, puisque le scénario de Patrick Whistler se focalise sur ce qui se passe à l’intérieur d’Ava plutôt que la situation dans laquelle elle est coincée. Plusieurs séquences de rêve recontextualisant la relation qu’elle entretient avec son père illustrent cela. Ces moments sont disjoints du récit principal, mais nous emmènent à comprendre davantage pourquoi il est important qu’Ava confronte directement les personnes voulant lui faire du mal.
Lorsqu’elle rencontrera Claire, la femme qui souhaite l’éliminer, c’est là où la tension dramatique du film est au sommet, puisque Giroux bénéficie des talents d’Helen Hunt dans le rôle de la cheffe de cette opération corrompue. Bien que son temps sur l’écran ne soit limité qu’à une seule séquence, son impact sur le reste du film est très important. Un réel climat de peur est établi lorsqu’elle apparaît devant Ava et commence à exploiter ses vulnérabilités en discutant avec elle. C’est une performance incroyablement précise, car sa stature menaçante ne provient pas de sa force physique, mais par ses mots, qui nous donnent souvent froid dans le dos.
Cependant, même avec une distribution irréprochable, le film est assez répétitif. Les multiples courses-poursuites, quoique bien réalisées et rythmées, deviennent à un moment redondantes lorsque Giroux ne rajoute pas tant de profondeur émotionnelle au récit d’Ava qu’il aurait dû. On aurait aimé vouloir en savoir plus sur son passé, ce qui aurait donné davantage de développement au personnage.
Cela dit, À froid reste tout de même une bonne première étape en anglais pour Giroux, qui ne craint pas imiter le style de plusieurs grands cinéastes américains. Vers son dénouement, on y retrouve une conversation filmée de façon circulaire, en 360 degrés, comme le fait souvent Michael Bay. Les amateurs de cinéma de genre éprouveront beaucoup de plaisir avec ce film haletant et très efficace.
