Frissons est la rare franchise d'horreur qui n'a jamais déçu. Réalisé par Wes Craven et scénarisé par Kevin Williamson, le premier tome qui a pris l'affiche en 1996 est devenu un classique, influençant trois générations de films de genre. Le cinquième épisode réussissait avec brio à passer le flambeau à de nouveaux personnages et la conclusion du sixième annonçait une révolution majeure : la nouvelle héroïne Sam allait avoir de plus en plus de difficultés à réfréner ses pulsions meurtrières, l'héritage familial étant toujours au coeur de la saga. Mais son interprète Melissa Barrera a été congédiée pour avoir utilisé le mot « génocide » dans le conflit israélo-palestinien et sa covedette Jenna Ortega a quitté le projet par solidarité.
En crise, la licence opère un retour aux sources en recentrant son intrigue autour de Sydney Prescott, devenue Sydney Evans, qui est défendue par Neve Campbell depuis trois décennies. S'il est bon de revoir l'actrice canadienne qui était absente du précédent volet à cause d'un différend salarial, son personnage n'a pas beaucoup évolué au fil des années. Mariée et mère de famille, elle traîne ses traumas comme un boulet, étant à nouveau hantée par le tueur masqué Ghostface.
Frisson 7 débute en force avec une introduction mémorable. Un couple a loué pour une nuit l'ancienne résidence de Stu (Matthew Lillard) : celle-là même où ont été massacré de nombreux adolescents à la fin du premier long métrage. Les fantômes d'une époque révolue y rôdent et notre méchant préféré fera couler le sang après avoir évidemment joué avec ses victimes. Il s'agit, et de loin, de la meilleure séquence du film. Cette brillante métaphore est d'ailleurs représentative de l'ensemble de la série : utiliser le passé à des fins mercantiles afin de s'en mettre plein les poches.
La suite n'est malheureusement pas du même calibre. Le récit prometteur s'étiole rapidement au détour d'un scénario douteux et incohérent, qui n'est pas sans rappeler la récente trilogie d'Halloween. Si les bonnes idées ne sont pas rares (comme cette utilisation astucieuse de l'intelligence artificielle), elles demeurent en surface, s'inscrivant de façon un peu trop opportune dans l'air du temps.
La tension a tôt fait d'apparaître qu'elle se relâche considérablement au fil des apartés du scénario qui privilégient les blessures de son héroïne et sa difficulté de bien élever sa fille de 17 ans (Isabel May). Sydney prend tellement de place à l'écran que les nouveaux personnages n'ont pas d'espace pour se faire valoir. Et comme il n'existe aucune chimie entre Neve Campbell et Isabel May, la transmission entre la vieille et la nouvelle génération n'opère jamais.
Il faudra donc se concentrer sur les scènes de carnage pour prendre son pied. Ce ne sera toutefois pas toujours évident. Les trouvailles astucieuses abondent, comme cette façon de se cacher dans le mur pour fuir les attaques de couteaux ou d'utiliser une toile comme obstacles visuels. Sauf que le metteur en scène n'exploite jamais convenablement ce potentiel. Kevin Williamson est (ou était) un scénariste visionnaire, mais il n'a jamais été un bon cinéaste. Sa seule réalisation jusqu'ici était le pénible Teaching Mrs. Tingle en 1999. Le voilà qui découpe un peu n'importe comment sa nouvelle création, étant incapable d'y insuffler le moindre frisson conséquent. Tout le contraire des précédents tomes qui surprenaient constamment, en séparant notamment le son et l'image (la mythique scène du deuxième épisode où le policier Dewey se faisait poignarder devant la journaliste Gale) ou en utilisant l'imagerie des oeuvres horrifiques (l'inoubliable séquence dans le métro du sixième épisode).
Si la nostalgie opère à plein régime, avec ses clins d'oeil, ses hommages, ses personnages récurrents et même ses objets, il manque trois éléments importants qui constituent la base de n'importe quel Scream. L'humour y est rare et inopérant, le côté méta demeure facile et limité, tandis que la quête du ou des tueurs ne passionne qu'avec parcimonie. Surtout que la révélation finale est une réelle insulte à l'intelligence tant elle ne fait aucun sens.
Frissons 7 est facilement l'effort le plus dispensable de la série. Ce n'est guère surprenant qu'il n'y ait pas eu de projection de presse ou publique avant sa sortie. Non seulement l'effort amuse moins que ses prédécesseurs, mais il n'a plus rien à dire sur le cinéma d'épouvante et la société d'aujourd'hui. Les fans invétérés voudront néanmoins prendre le pouls de cette franchise fatiguée qui, si elle se révèle supérieure à plusieurs propositions contemporaines comme les Five Nights at Freddy's et autres The Strangers, mérite de repartir sur de véritables nouvelles bases. À quoi bon promettre de mettre le feu à la série si c'est pour la reconstruire d'une façon identique?



