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Jenna Ortega et Paul Rudd dans un Jurassic Park... avec des licornes

2.5
Notre critique

Sous le vernis de son originalité - des licornes tueuses, quelle bonne idée! - se cache une recette éprouvée. Le charme s'étiole longtemps avant la fin, laissant un sentiment de déjà-vu.

Les licornes sont généralement présentées au cinéma comme de gentils animaux fantastiques peuplant de merveilleux dessins animés pour enfants comme The Last Unicorn et U. Cela commence pourtant à changer. Une de ces entités empalait un être humain au détour du cinglé The Cabin in the Woods, tandis que d'autres étaient en guerre contre les oursons dans la violente animation Unicorn Wars. Les voilà qu'elles s'affichent plus terrifiantes que jamais au sein de Death of a Unicorn.

Tout ce que désiraient les licornes, c'est de vivre en paix. Mais lorsqu'une voiture fauche par inadvertance leur enfant, papa et maman licornes feront tout pour le récupérer. Cette prémisse étonnante laisse présager le meilleur dans la première demi-heure, qui prend son temps pour présenter ses personnages principaux: un père avocat (Paul Rudd) qui délaisse sa fille (Jenna Ortega) au profit d'un riche client. Un climat d'étrangeté se développe graduellement, laissant même la place à un voyage astral psychédélique.

La tension se relâche cependant lorsque nos héros débarquent dans la luxueuse demeure d'un patriarche (Richard E. Grant) atteint d'une maladie incurable. Entre une épouse soumise (Téa Leoni) et un fils (Will Poulter) obnubilé par l'argent, la satire sociale s'exerce sans subtilité. Une mode qui depuis le modèle d'ingéniosité qu'était Parasite, devient de plus en plus lourde et grotesque, à l'image de l'hilarant Triangle of Sadness, du truculent The Menu et du récent Opus. Elle s'exacerbe lorsqu'on découvre que la corne de la licorne recèle des propriétés d'immortalité et que l'animal sera exploité à cette fin.

Évidemment, cela ne plait pas à ses parents licornes qui se mettent à tuer tous les nantis et vils de la maison afin de venger et délivrer la chair de leur chair. Une séance de carnage qui mêle humour et horreur. Étonnamment, c'est à ce moment que le long métrage se dégonfle. Au lieu de miser sur les morts les plus absurdes et incroyables, le film se contente de copier paresseusement Jurassic Park. Les situations sont similaires, mais la magie n'opère pas. Le scénario affiche rapidement ses limites, tout comme la mise en scène de la nouvelle venue Alex Scharfman (qui a travaillé sur le traumatisant The Witch d'Ari Aster, qui agit ici comme producteur) qui ne semble pas toujours quoi faire de sa photographie soignée et de ses choix musicaux appropriés.

L'ombre de Steven Spielberg plane partout sur le récit. Les relations familiales sont de chaque instant (entre les protagonistes, les riches de ce monde et même les licornes), principalement auprès du héros qui ne sait pas comment se rapprocher de sa fille depuis la mort de maman. Le sentimentalisme se décuplera jusqu'à une conclusion kitch et tire-larmes d'un ridicule consommé. Abonné à ces rôles de pères gauches depuis les Ant-Man et Ghostbusters, Paul Rudd demeure drôle et charismatique même s'il joue toujours de la même façon. C'est le cas également de Jenna Ortega qui aura paru plus allumée par le passé, que ce soit dans X ou la série Scream. Will Poulter (Midsommar) s'amuse cependant beaucoup et son personnage va loin pour vivre des expériences fortes...

Le film mise tout sur ses contrastes et cela se fait ressentir dès la première scène... qui reprend la toute dernière de Jurassic Park. En attendant le départ de leur avion, une fille met la tête sur l'épaule de son père. Le geste est tendre et elle se sent protégée. Sauf que le père, en voulant atteindre un document tombé au sol, donne par inadvertance un coup à sa fille. Cette alternance de douceur et de violence se répercutera à intervalle régulier (un coup de fusil suit une marque d'affection, une insulte vient briser des propos d'amour maternel, etc.) jusqu'à devenir un procédé mécanique, à l'image du mélange de genres qui ne prend jamais réellement, car ne coulant pas de source.

S'il est facile de se divertir devant Death of a Unicorn sans se prendre la tête inutilement, le long métrage finit par frustrer parce qu'il aurait pu et dû être plus mémorable. Sous le vernis de son originalité - des licornes tueuses, quelle bonne idée! - se cache une recette éprouvée. Le charme s'étiole longtemps avant la fin, laissant un sentiment de déjà-vu. Dans un genre similaire, le surprenant Mickey 17 s'avérait beaucoup plus satisfaisant.