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Critique

Un garçon pas comme les autres : Jean-Sébastien Girard, sa mère, ses Barbies et sa permanente

Un garçon pas comme les autres, de Jean-Sébastien Girard

Jean-Sébastien Girard risquait un pari audacieux en tentant l’expérience d’un spectacle solo. Habitué de « bitcher » (nos excuses pour l’anglicisme, mais le mot lui sied tellement bien) à la radio, essentiellement auprès de ses comparses de La soirée / La journée est encore jeune , notre Jeannot BBQ s’exposait lui-même aux sourires en coin, voire aux coups de poignard, en osant cette narcissique avenue. Et qui nous disait que ça ne tournerait pas mal, comme ç’a déjà été le cas…

Mais peu importe ce que ces ratés sympathiques de critiques pourront écrire, les premières moqueries envers sa personne, c’est Jean-Sébastien Girard qui les dégaine lui-même dans Un garçon pas comme les autres, ce fameux one man show qui se rode depuis un an et qui recevait mercredi le sceau d’approbation (ou pas…) des médias et des amis de la colonie artistique en première montréalaise. Dans le grand et distingué Olympia, s’il vous plait. La communauté radio-canadienne y était presque tout entière, ainsi que d’autres personnalités simplement fans du gentil freluquet.

« J’aime dire que je suis un mélange entre Mike Ward et Michel Louvain », annonce d’entrée de jeu Girard pour afficher ses couleurs, après une interprétation hasardeuse et adaptée de l’air de « Star d’un soir ». Ward? Parce qu’il aime quand ça brasse. Louvain? « J’aime le monde, toutes les femmes veulent m’épouser, j’attends d’être mort avant de vous révéler mon plus grand secret... ».

L’esprit de ce gag allait être celui de l’heure trente suivante, dans laquelle Jean-Sébastien Girard se raconte à grandes giclées d’autodérision, à coups de multiples photos de ses jeunes années et de quelques vidéos. Il était ce garçonnet qui aimait tant chanter devant la visite et, plus déstabilisant à l’époque des Dames de coeur, avait hâte de partager les mêmes souliers à talons hauts que sa mère. Qui se rebaptisait Hélène pour ses tours de chant maison, enviait les Barbies de ses copines et a déjà essayé l’acupuncture en direct à la télévision pour dompter son insomnie. Les images tirées de ce peu glorieux épisode sont réjouissantes à souhait.



Un garçon pas comme les autres, c’est le retour dans le temps d’un garçon intimidé dans la cour d’école qui n’en larmoie plus depuis longtemps, qui en rigole franchement maintenant en admirant l’affreuse permanente dont il était affublé à l’adolescence. Qui assume son homosexualité au point d’en faire un élément central de sa tirade. C’est aussi un puissant hommage à une maman démesurément adulée de son fiston, qui a fait d’elle un personnage récurrent de son monologue. Jean-Sébastien Girard et sa mère, Monique-Andrée Michaud, s’aiment assez fort pour que le fils puisse rire des anciens looks de sa génitrice, de son statut de femme cocue puis quittée, de son premier bébé (Gaétan, alias « feu poupon »…) mort à la naissance ou de son envie de caca dans un château de Paris.

Il aurait donc été fier, le petit Jean-Sébastien qui fréquentait jadis la collecte de sang de Télé-Métropole et la journée portes ouvertes de Radio-Canada pour frayer avec les grands de ce monde tels Roland Chenail, Réjean Lefrançois, Rita Bibeau et la distribution de Sous un ciel variable, de voir la fumée s’échapper des cryo jets et cette pyrotechnie d’école secondaire sur la scène de son premier one man show!



Un garçon pas comme les autres, c’est également, et surtout, le ton baveux et ironique de Girard catapulté à plein régime et parfait pour amener son contenu au-delà d’une séance de « je-me-moi » complaisante qui rendrait le tout bien ennuyant. Ça s’est déjà vu. Ainsi, cet univers qui gravite quasi uniquement autour du nombril de Jean-Sébastien – outre quelques vacheries bien senties à gauche et à droite, ou très bien visées, envers Pénélope McQuade, Pascale Nadeau, Simon Boulerice et Jean-François Baril; même les enfants de Janette Bertrand reçoivent une vanne –, ledit Jean-Sébastien le rend sacrément drôle.

Faut aimer le personnage, faut aimer son style, bien sûr, mais on plonge avec délectation dans son album souvenir, justement parce qu’il ne se prend tellement pas au sérieux. On a tous des photos laides de nous datant d’il y a 35 ans dans nos tiroirs; de prime abord, on ne réinvente pas grand-chose à les exhiber pour amuser la galerie. Mais Jean-Sébastien Girard – qui en doutait apparemment lui-même au début – a l’assurance et l’essence comique qu’il faut pour rendre son bagage personnel à tout le moins un peu universel. Non, ce n’est pas un humoriste traditionnel qui prend aujourd’hui les routes du Québec, mais un homme qui sait parler au monde. Et ses références à la culture pop d’ici (comme Poivre et sel qui ferait passer Km/h pour « un chef-d’oeuvre woke », hilarant extrait à preuve) sont délicieuses.

Le metteur en scène Charles Dauphinais, lui, a su exploiter les possibilités de mimiques et de jeu physique de Jean-Sébastien, alors que les textes auxquels ont contribué des plumes de l’heure comme Suzie Bouchard, Justine Philie, Julien Corriveau et Charles-Alexandre Théorêt recèlent des flèches à peu près à chaque ligne. La proposition a été abondamment travaillée, ça se distingue.

Un seul petit conseil : moins longs, les remerciements, la prochaine fois, Jean-Sébastien. Ou alors, sortons le karaoké beaucoup plus rapidement!

Jean-Sébastien Girard présente Un garçon pas comme les autres en tournée. Visitez son site web pour toutes les dates.

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