Publicité
Critique

Un Air d’aller qui peine à décoller

L'air d'aller

Les bracelets rouges nous a bien démontré qu’on peut traiter de la maladie avec un sourire et des rayons de lumière. C’est un peu la même approche qu’adopte L’air d’aller, nouvelle fiction de Télé-Québec (la première depuis M’entends-tu?), où quatre amis dans la vingtaine, Katrine (Catherine St-Laurent), Gabriel (Antoine Olivier Pilon), Jimmy (Joakim Robillard) et Cindy (Noémie Leduc-Vaudry), tous atteints de la fibrose kystique, se mettent en tête de mener leur existence à 400 milles à l’heure pour ne rien rater avant leur grand départ, lequel, présument-t-ils, pourrait survenir trop rapidement. L’air d’aller commence à l’écran le 23 mars. Voyez-en des extraits ici.

Dès la première scène, on comprend qu’un.e membre de cette fratrie de coeur est en fâcheuse posture et doit recevoir une greffe de poumons d’ici quelques mois. Le choc est brutal, mais quand on a besoin d’une bonbonne d’oxygène pour vaquer à ses occupations, pas une seconde à consacrer à l’apitoiement. La personne fantasmera rapidement ses funérailles « de rêve », colorées, mais enverra surtout une directive claire à sa garde rapprochée en vue de ses mois de sursis : « Je veux prendre du mush et tirer du gun! ». Autrement dit, voir grand et vivre pleinement pendant qu’il est encore temps. Voilà ce à quoi s’emploiera notre belle bande unie pour toujours, à l’esprit un peu juvénile, qui cause de Harry Potter et écoute du death metal.

Remplie de promesses, cette première offrande télé de l’auteur Jean-Christophe Réhel (jusque-là connu pour ses romans Ce qu’on respire sur Tatouine et Peigner le feu) peine toutefois à décoller comme on l’espérerait, et ça brise profondément le coeur de l’écrire. Lui-même touché par la fibrose kystique, l’écrivain (qui a donné un coup de pouce à Simon Boulerice, créateur de Six degrés, où il est question du même mal) souhaitait aborder le sujet de sa maladie au-delà des lieux communs trop de fois véhiculés (comme la fameuse image de la respiration dans une paille, toujours utilisée pour expliquer la fibrose kystique, ou encore se moquer de la confusion fréquente entre ce trouble et la sclérose en plaques, qui n’ont pourtant rien à voir). Il espérait donner aux téléspectateurs en santé l’envie de mordre dans chaque instant en profitant de leur chance, le tout en enrobant son univers d’une certaine poésie.

On s’entend, donc, le propos de L’air d’aller est magnifique et, arrivée à sa fin, cette histoire d’amitié, de solidarité, de résilience et de courage aura transmis un sincère message d’espoir et d’optimisme. Déjà, on ricane aux premiers épisodes. C’est plus souvent beau que triste. Les personnages sont intéressants et le lien indéfectible qui unit nos quatre mousquetaires à la réalité ardue est touchant. Puis, le réalisme est sans failles, qu’ils utilisent leurs nébuliseurs (au son de « Donnez-moi de l’oxygène »!) ou qu’ils se toussent leur système tout entier (des toux creuses ont même été enregistrées hors du plateau de tournage pour s’assurer que leur « sonorité » était la bonne). Leur détresse physique, on y croit totalement.

Mais l’émission se compose de longs moments qui prennent beaucoup leur temps, peut-être trop pour qu’on ait le goût d’y plonger complètement. Des conversations tournent en rond. La poésie évoquée plus haut se traduit par des portions oniriques qui cassent la cadence; par exemple, on a greffé au récit des vignettes où les personnages principaux dansent quand la douleur physique ou psychologique devient trop difficile à supporter. Ces numéros, chorégraphiés par une professionnelle, supposés amener plus loin les émotions des personnages, ralentissent, ou alourdissent l’histoire, sans vraiment l’enrichir. On anticipe que le procédé deviendra peut-être lassant au bout de quelques épisodes.

L’humour et le ton de L’air d’aller sont pourtant particulièrement efficaces, mais le rythme qui porte l’ensemble n’est pas à la hauteur des jolis textes, remplis de sensibilité, de dérision et de lucidité, de la réalisation soignée de Sarah Pellerin, et du jeu senti des acteurs (Denis Bernard, Dominique Leduc, Iannicko N’Doua, Sylvie Moreau, Yves Bélanger, Anick Lemay, Marc Béland, Antoine Pilon, Martin Drainville, Vincent Graton et Dominique Quesnel personnifient tous des membres des familles du quatuor central).

Quand nos quatre beaux jeunes planent après avoir ingéré des grenailles de champignons mauvais-pour-la-santé, ils buzzent longtemps, trop longtemps. Le deuxième épisode s’éternise un peu à installer les contextes familiaux de nos protagonistes. Et, si on constate bien que Katrine, Gabriel, Jimmy et Cindy veulent s’amuser, leur urgence de défoncer les portes n’est pas outre mesure palpable entre deux soirées de substances illicites et une virée à la campagne. L’intériorité prend le dessus sur la rage de vivre… Mais, toujours, une lumière irradie au loin, et c’est ce qu’on tentera de retenir de cet Air d’aller, qui peut encore s’améliorer.

L’air d’aller, première production dramatique de la boîte Urbania (C’est juste de la TV, Cocaïne, prison & likes) prendra l’antenne de Télé-Québec le jeudi 23 mars, à 21 h. Les épisodes seront aussi disponibles au video.telequebec.tv.

Mentionné dans cet article