Lise Dion : Sans tabou et sans filtre

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L’humoriste présentait Chu rendu là, son quatrième spectacle solo, ce jeudi soir à la Salle Albert-Rousseau à Québec.

Même si Lise Dion oeuvre dans le milieu de l’humour depuis longtemps, sa popularité ne se dément pas. On se rappellera qu’elle a vendu plus de 40 000 billets de son nouveau one-woman-show avant même la première représentation : un exploit dont peu d’humoristes peuvent se vanter. À ce jour, les ventes sont à 90 000. Impressionnant!

Les fans de la première heure seront heureux de retrouver son aplomb et sa verve colorée. À 63 ans, l’humoriste est plus audacieuse dans ses propos qu’elle ne l’a jamais été sur scène. Elle parle de sexe avec une aisance désarmante. Les jeunes humoristes féminines empruntent souvent le chemin de la trivialité – parfois pour s’affirmer dans un milieu d’hommes – mais aucune d’entre elles ne peut se vanter de parler de « pet de noune » ou de « chatte en feu » sans une once de vulgarité comme Lise Dion le fait. Sa candeur et la bienveillance qu’elle dégage lui permettent de dire les pires insanités (ce qu’elle ne fait pas, on vous rassure) sans offenser ses spectateurs les plus chastes.

Dans ce nouveau spectacle, Lise Dion aborde les difficultés de la soixantaine : manque de patience, digestion déficiente, perte de mémoire, vessie défaillante, etc. Même si ces soucis du quotidien ne concernent pas directement un public plus jeune, celui-ci apprécie tout de même le monologue déjanté de celle qui parle à la foule comme à son amie. Elle raconte aussi les aléas de son récent célibat ainsi que les désagréments qu’engendre son anglais précaire. « You regarde me as a conne » est une réplique délicieuse qu’on retient.

« La mer est remplie de poissons, c’est juste que dans ma tranche d’âge,
il y a beaucoup de crapets.
»

Celle qui n’a jamais vraiment fait de personnages sur scène se permet cette fois d’imiter sa coiffeuse. Avec les lunettes blanches de Nancy et son peigne entre les mains, elle porte des jugements sur les politiciens qu’elle n’aurait probablement pas assumés autrement. Elle revient également avec une version ivre d’elle-même qui, cette fois, se présente au mariage de son Marcel avec une Cubaine à Varadero.

Fondamentalement sympathique, Lise Dion pose un sourire sur nos visages dès son entrée en scène et celui-ci perdure même après la sortie de la salle. Ses mimiques, ses expressions et ses textes parfois culottés ne nous permettent que de l’aimer davantage. Elle fait peut-être partie d’une génération de vétérans de l’humour au Québec, mais elle n’a absolument rien à envier à la fougue ou à la répartie des plus jeunes.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis dix ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.

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