Personne ne fait l’humour au Québec comme Boucar Diouf

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L’humoriste nous amène dans une croisière sur le fleuve de sa poésie.

Des spectacles d’humour il y en a à la tonne au Québec, mais aucun d’entre eux ne se compare à cette proposition lyrique et intellectuelle de l’humoriste sénégalais. Boucar Diouf possède une manière bien particulière de jouer avec la langue française, de la façonner jusqu’à ce qu’elle devienne une oeuvre d’art. Ses jeux de mots, proverbes et figures de style nous plongent dans un univers unique, nous entraînent dans un voyage autant culturel que temporel.

« L’habit ne fait pas le moine, mais il protège le moineau. »

D’ailleurs, d’emblée, l’humoriste nous propose une croisière sur le fleuve St-Laurent et des escales dans les endroits qui ont marqué son périple d’explorateur lors de son arrivée au pays en 1991. De Rimouski à Montréal, en passant par Gaspé, Tadoussac et Québec, Diouf nous raconte des souvenirs, tout en nous donnant une leçon d’histoire du Québec (Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Donnacona; tous y passent). Il nous conscientise aussi sur certains sujets chauds, comme le réchauffement climatique, l’extinction de certaines espèces animales et nous rappelle l’importance de l’eau, que nous avons trop tendance à oublier.

Bien sûr, il en profite pour se moquer de certains de nos travers et de nos expressions. « Au Québec, on embarque dans toute… », dit-il en nous rappelant que le verbe « embarquer » signifie « faire monter quelqu’un ou quelque chose dans une barque ». Il nous précise aussi que nos termes de séduction – dragger, cruiser, troller – sont tous issus du langage maritime.

« La monarchie est aux Québécois ce que le coccyx est au squelette humain :
une relique du passé qu’on traine dans le derrière. »

L’humoriste agrémente aussi son spectacle de quelques chansons, parfois traditionnellement africaines, parfois québécoises, parfois même « arabes » (cette dernière est d’ailleurs une pièce d’anthologie). Son décor est celui d’un bateau avec des voiles sur lesquelles sont parfois projetées des images en lien avec son discours. La mise en scène sobre rend bien justice aux talents de conteur de l’artiste, qui peut se vanter d’avoir l’une des audiences les plus bigarrées sur le circuit de l’humour québécois.

Celui qui répète les sages paroles de son grand-père éblouit par son lyrisme, son honorable candeur et son langage proverbial. Personne ne fait l’humour au Québec comme Boucar Diouf et c’est excessivement rafraîchissant de voir quelqu’un qui ose renouveler la formule, l’enrichir, la distendre et la mettre à l’épreuve.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis dix ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.

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