Le spectre brun de l’arc-en-ciel des Denis Drolet vous éblouira

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Si vous cherchez à comprendre, vous n’avez rien compris.

Il faut être dans un certain état d’esprit pour accueillir l’humour des Denis Drolet. Beaucoup de passages n’ont aucun sens logique et le malaise devient rapidement la norme. Ils peuvent imiter deux gars qui tiennent un cerf-volant pendant 3 minutes, roter à répétition le mot pizza ou arrêter un sketch en cours pour toucher le front de l’autre avec l’extrémité d’une cigarette, comme ça, sans explication.

Malgré la bêtise de l’ensemble, le duo ne se gêne pas pour aborder des tabous. Ils parlent du visage « non humain » de Jérémy Gabriel, des curés pédophiles et des gestes sadiques de Luka Rocco Magnotta sans que personne ne crie au scandale. Ils poussent la chose tellement loin qu’il est impossible de s’en offenser. Les Denis se hasardent aussi à effleurer le sujet délicat des récents scandales sexuels à travers un numéro loufoque sur les différences entre les hommes et les femmes. Leur façon de traiter la maladie mentale s’avère à la fois saugrenue et judicieuse. Le moment où Denis Barbu mélange un bipolaire avec un ours polaire m’a particulièrement plu.

Ceux qui nous ont donné le succès radiophonique « Fantastique » reviennent avec quelques pièces musicales surprenantes, dont la chanson « La douche », qui génère un délicieux malaise du début à la fin. La pièce-titre est aussi une bonne entrée en matière : on nous entraîne doucement dans la folie, avec une chanson, pour ne pas nous brusquer.

C’est le dernier numéro, où, sur une musique classique, les Denis viennent raconter successivement une blague au micro, qui est le moins accessible. Ceux qui sont moins mordus d’humour absurde décrocheront probablement à ce moment-là. Personnellement, j’ai abandonné à la blague du bébé mort noyé dans la cuvette qui se fait chier dessus.

Si vous espérez un spectacle avec un semblant de cohérence, on vous décommande fortement En attendant le beau temps des Denis Drolet, mais si l’extravagance et le bizarroïde ne vous effraient pas, ce nouveau spectacle des moutons bruns de l’humour québécois saura vous séduire.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis dix ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.

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