La nouvelle série de l’heure : L’immorale et perturbante Handmaid’s Tale

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En tant que femme, il est difficile de regarder la série The Handmaid’s Tale sans grincer des dents.

Depuis le 30 avril dernier, la plateforme de vidéo sur demande Hulu rend disponible un épisode par semaine de sa sordide série The Handmaid’s Tale. La popularité de celle-ci n’est que grandissante. Les critiques sont sans équivoque : c’est un chef d’oeuvre. La série est d’ailleurs cotée 100 % sur Rotten Tomatoes; difficile de faire mieux que la perfection!

The Handmaid’s Tale est l’adaptation du roman de science-fiction éponyme (La servante écarlate en français) écrit par Margaret Atwood en 1985. L’histoire se déroule dans la nouvelle République de Gilead. Alors que le taux de natalité n’a jamais été aussi bas, certains dirigeants masculins ont décidé de prendre les choses en main. Les femmes ont été démises de leur statut de citoyennes et occupent désormais des fonctions de second ordre. Certaines sont des épouses, d’autres sont affectées aux tâches ménagères alors que les plus fertiles sont dédiées entièrement à la reproduction. La série suit les aventures d’Offred, une jeune femme qui a été séparée de sa fille et de son mari pour servir de reproductrice à un couple de nantis.

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© Hulu

The Handmaid’s Tale ne se censure que très peu. Dans ce monde où le viol est devenu la norme et où la femme n’est plus qu’un accessoire, chaque jour est d’une violence sans nom. La série nous présente progressivement les évènements qui ont mené à cette société totalitaire et machiste, mais il nous faut attendre un certain moment avant d’avoir les réponses espérées. Nous sommes propulsés dans cet enfer avec bien peu d’explications et de nuances. L’effet en est donc décuplé. Certains téléspectateurs (disons ici que les téléspectatrices risquent d’être les plus ébranlées) seront même incapables de poursuivre leur visionnement après un épisode. Mais, les plus téméraires seront emballés par cette proposition exacerbée de Hulu.

Certaines répliques misogynes engendreront peut-être des crises d’urticaire à certaines femmes. J’avoue qu’entendre une ligne comme celle-là m’a profondément dérangé : « C’est notre faute », dit un homme, « nous leur avons donné plus que ce qu’elles peuvent supporter. Nous les avons laissées s’investir dans des réussites scolaires et s’épanouir dans des ambitions professionnelles. Elles ont oublié leur vrai devoir. Nous ne laisserons pas ce genre de chose se reproduire de nouveau. » (traduction libre)

La musique, la réalisation (qui s’amuse avec la profondeur de champ), les textes cinglants et le jeu des actrices (utilisation volontaire du féminin pour désigner l’ensemble) contribuent à l’efficacité dramatique de l’oeuvre. Elisabeth Moss est fabuleuse dans le rôle principal. Elle personnifie une femme du nom de June qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain quand une guerre a éclaté et que tous ses droits ont été abrogés. Ses économies ont été transférées dans le compte de son conjoint, elle a été congédiée, elle a perdu son droit de propriété, puis son permis de conduire, jusqu’à son identité. Mentionnons aussi le travail exceptionnel d’Alexis Bledel, qui n’avait jamais brillé autant depuis les belles années de Gilmore Girls. Du côté des hommes, Joseph Fiennes et Max Minghella tirent aussi leur épingle du jeu.

The Handmaid’s Tale s’avère une série puissante et à propos dans un monde où le mot « féminisme » génère autant de débats polémistes. Pas plus tard qu’il y a quinze jours, la chanteuse Valérie Carpentier a dû se défendre pour avoir osé porter un décolleté lors de la finale de La voix.

Au Canada, vous pouvez visionner The Handmaid’s Tale sur la chaîne Bravo! tous les dimanches à 21h ou sur la plateforme de vidéo sur demande CraveTV (7,99 $/mois). Les épisodes sont aussi disponibles séparément sur iTunes et Google Play.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis neuf ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.