Claudine Mercier : Un « vieux » nouveau spectacle

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L’humoriste, qui en est à son 5e one-woman-show, s’adresse à un public bien particulier; un public qui la connaît, qui apprécie son style et son humour plus « vintage ».

Il y a encore un public pour l’humour de Claudine Mercier – à preuve cette salle Albert-Rousseau comble et rieuse mercredi soir – mais, comme l’humoriste a choisi de ne pas rajeunir ou peaufiner son style à la nouvelle réalité de l’humour au Québec, bien peu de nouveaux fans verront le jour grâce avec ce cinquième essai.

Probablement n’était-ce d’ailleurs pas là la volonté de l’artiste, qui avoue d’emblée ne pas se reconnaître dans l’humour « trash » des nouveaux humoristes. Mais au-delà de la cure de rajeunissement dont aurait pu (ou dû) bénéficier la plume de Mercier, des problèmes d’ordre organisationnel surviennent dans ce spectacle fourre-tout. L’humoriste passe du stand-up à l’humour engagé en passant par l’imitation et les sketchs avec personnages pour conclure sur un mashup de comédies musicales avec costumes et accessoires. Il manque définitivement un fil conducteur à tous ces éléments pour résulter en un tout cohérent et harmonieux. Impossible, par contre, de dire que l’humoriste n’est pas polyvalente et touche-à-tout.

« Ma voisine a eu tellement de lifting qu’on ne fait
pas la différence quand elle parle ou quand elle pète. »

Claudine Mercier est reconnue pour ses imitations. Nous n’étions donc pas étonnés de la voir reprendre des chansons célèbres dans le style d’interprètes connus comme Ginette Reno ou Petula Clark. Certaines caricatures sont assez convaincantes, qu’on pense à France Beaudoin ou Diane Dufresne, alors que d’autres manquent de fini.

Parlant de sa « liberté 55 », Mercier est consciente de l’âge de son public. C’est pourquoi nous nous étonnons qu’elle impose des référents modernes, comme Sia ou Charlotte Cardin, à celui-ci. L’idée de reprendre certaines musiques populaires pour en faire des chansons humoristiques aurait pu en être une bonne, mais, malheureusement, la plupart des paroles nous échappent sous un son trop fort et une prononciation défaillante.

« Il ne faut jamais négliger l’importance de la
poitrine quand on s’adresse à des tétons.
»

Après avoir fait sa réputation avec son imitation Lise Watier, Mercier choisit cette fois de pasticher Danièle Henkel. L’humoriste arrive à reproduire efficacement la démarche et la posture de la femme d’affaires, mais c’est au niveau de la voix que le bât blesse. Au grand bonheur de ses fans de longue date, Claudine Mercier ramène son personnage de la fillette. À l’aide un patois caractéristique, l’enfant analyse le monde avec un regard particulier, naïf et cabotin. L’humoriste en profite aussi pour réintroduire le personnage de Shannon, une coach de vie qui fait de la méditation « trans-dans-sandale ».

« L’ONU appelle Kim Jong-un Préparation H
parce que c’est un vrai trou de cul. »

Les fans de la première heure de Mercier seront certainement charmés par ce nouvel effort, respectueux de l’univers antérieur de l’artiste. Par contre, les plus jeunes, habitués au rythme effréné des humoristes « trash » (comme les appelle Claudine), seront certainement agacés par ce mélange des genres.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis neuf ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.