Adib Alkhalidey : Ingénu, ébouriffé et brillant

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L’humoriste présentait son deuxième one-man-show pour la première fois dans la ville de Québec jeudi soir.

J’avais beaucoup apprécié le premier spectacle d’Adib Alkhalidey, un jeune humoriste de la relève apparu dans notre paysage culturel québécois en 2012. Quelques sketchs mémorables – notamment celui, très connu, intitulé délicatement « Sucer son ami » (que vous pouvez voir ci-dessous) – ont lancé sa carrière.

Son deuxième one-man-show est encore plus efficace et corrosif que son précédent effort. Dans un décor plus épuré (un tabouret, un pied de micro et quelques éclairages), l’humoriste de 29 ans parle cette fois des réseaux sociaux et de la façon étrange dont les gens s’en servent ainsi que des enfants – avec lesquels il a eu la chance de travailler sur la série web 7 $ par jour – et de leur candeur vénérable. Il s’ouvre également sur son trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et ose s’exprimer face au racisme, un sujet qu’il n’avait pas abordé dans son premier spectacle.

« Le meilleur système d’immigration au monde,
nous l’avons au Québec et ça s’appelle l’hiver! »

Ses textes sont incisifs, hilarants et profondément brillants. Adib nous plonge dans un univers imagé et délirant dont seul lui connaît la recette.

L’humoriste, né à Montréal d’un père irakien et d’une mère marocaine, est, en plus d’être un orateur attachant, un auteur exceptionnel. Ses textes sont incisifs, hilarants et profondément brillants. Adib nous plonge dans un univers imagé et délirant dont seul lui connaît la recette. Il tente notamment de nous expliquer comment son cerveau de TDAH fonctionne lorsqu’une nouvelle information tente de s’infiltrer dans sa mémoire, parmi ses vieux souvenirs. Il mentionne alors que ce ne sont pas les éléments les plus pertinents qui sont les plus tenaces; les paroles des chansons de Britney Spears ont notamment élu domicile au coeur de sa matière grise depuis des lustres.

« La meilleure définition du TDAH :
quand tu parles, j’en ai rien à chier.
»

Il décrit également Facebook comme un salon dans lequel, parfois, des individus se lèvent pour prendre la parole. L’image est parfaite! Plusieurs internautes irrespectueux devraient d’ailleurs voir ce sketch et prendre des notes. L’humoriste arrive à faire passer un message fort à travers un humour ingénieux et souvent décapant. « Quand je delete quelqu’un de Facebook, j’ai toujours l’impression que je le sors du salon pendant qu’il dort. Après, il peut juste voir j’ai combien d’amis par la fenêtre », lance-t-il avec un aplomb du tonnerre.

Adib Alkhalidey aborde également cette polémique dans laquelle il s’était retrouvé contre son gré en 2015 alors qu’il avait fait une blague – que beaucoup ont jugé déplacée – sur les réseaux sociaux. « J’ai écrit ça et quelques heures après, 10 000 personnes me chantaient : retourne dans ton pays », explique-t-il. « Quand 10 000 personnes te disent quelque chose, tu le considères. »

Le spectacle « Ingénu » d’Adib Alkhalidey fait définitivement partie des shows d’humour à ne pas manquer en 2017! Le comédien de Like-moi! propose aussi quelques minutes de nouveau matériel à la fin de sa prestation, ce qui nous donne bon espoir pour son troisième one-man-show, déjà en écriture. On a déjà hâte!

Mentionnons également que sa première partie, le Français Roman Frayssinet, est une belle révélation. Son monologue sur le temps (les 5 dernières minutes de sa prestation) m’a fait hurler de rire! Étonnant et intelligent! Un humoriste à surveiller!

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis neuf ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.