Virtuose : Maestro, musique!

,

Bien que nous soyons encore ici dans une forme de téléréalité, nous sommes bien loin de L’amour est dans le pré, tenez-vous le pour dit.

Ceux qui, par contre, n’ont pas d’intérêt particulier pour ce type de musique seront peut-être moins interpelés par cette proposition quintessenciée.

Virtuose s’adresse aux amateurs de musique classique. Ceux qui s’emballent en entendant du Piazzola et qui sont fébriles à l’écoute de « Banjo and Fiddle » de William Kroll y trouveront certainement leur compte dans cette nouvelle émission musicale, animée par le très talentueux Gregory Charles. Ceux qui, par contre, n’ont pas d’intérêt particulier pour ce type de musique seront peut-être moins interpelés par cette proposition quintessenciée.

Il faut savoir s’abandonner à Virtuose pour l’apprécier à sa juste valeur. Le téléspectateur doit avoir le même abandon qu’il démontre lorsqu’il assiste à un spectacle d’opéra ou de musique classique. Le problème est que ce genre d’abandon n’est pas facile à avoir devant un téléviseur, avec tous les aléas de la vie quotidienne. Les performances musicales de plus ou moins trois minutes, qui démontrent les immenses talents de ces jeunes prodiges, sont à la fois trop courtes pour engendrer l’épanchement et trop longues pour contenir l’intérêt d’un public volage.

Marc Hervieux, qui joue le rôle de juge de l’émission, est très obligeant avec ces jeunes surdoués. Évidemment, nous ne nous attendions pas à des propos malveillants et réducteurs de la part de l’interprète de « La vie a des ailes ». Voir pleurer des enfants n’est pas nécessairement le point de mire de l’émission… Hervieux soulève quand même certaines imperfections dans le jeu des virtuoses, mais toujours avec un tact tempérant.

Le juge mentionne, entre autres, lors du premier épisode que le pianiste Matthew manquait de nuances dans son interprétation de la « Grande valse brillante » de Chopin. « Eh ben! », nous disons-nous dans notre salon, pourtant soufflé par l’interprétation magistrale du jeune musicien. La plupart des téléspectateurs n’auront que très peu de référents en visionnant Virtuose et pourront difficilement se prononcer sur la rectitude des propos de Hervieux, mais cette innocence de la part du spectateur est une récurrence dans la plupart des émissions de ce type (même chose en musique classique qu’en danse ou en chant).

Virtuose s’adresse principalement aux amateurs de musique classique. Les novices pourraient y trouver leur compte, mais une dévotion complète sera nécessaire pour y arriver, et comme l’abandon n’est pas un comportement qu’on a l’habitude d’adopter en écoutant la télé, les plus profanes seront écartés naturellement. Seuls les aficionados demeureront.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Critique et journaliste depuis huit ans pour le site Cinoche.com, elle est maintenant mûre pour ce nouveau défi de rédactrice en chef qui l'attend avec Showbizz.net. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée Maude), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots avec ses lecteurs, tous médiums confondus.