Fabien Cloutier : Assume : Papaya21

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Irrévérencieux, provoquant, intelligent et perspicace, Fabien Cloutier offre un troisième spectacle remarquable et différent qui transporte son public dans des zones rarement exploitées en humour au Québec.

La qualité première de Fabien Cloutier l’humoriste est la qualité de ses textes. Quel auteur! Exploitant l’exagération et l’hyperbole avec un doigté impeccable, Cloutier nous transporte dans son monde avec une rudesse qui nous déstabilise d’abord pour ensuite nous charmer d’une manière bien particulière. Peu d’humoristes se permettent le genre de délires qui meut Fabien Cloutier. Parler d’un mariage entre le défilé de la fierté gaie à Montréal et celui du Carnaval de Québec et d’imposer à son public l’image de Régis Labeaume sortant de l’urètre d’un pénis géant saluant la foule, c’est une audace que bien peu de ses compatriotes se sont permis jusqu’à présent.

« Tout ce qui touche le retour des Nordiques à Québec
c’est comme un gros pénis qui se crosse de lui-même. »

Fabien Cloutier, qui n’a comme décor qu’un pied de micro et un écureuil empaillé, fait passer beaucoup de messages sous le couvert de l’humour, et il n’y va pas avec des gants blancs. Oreilles sensibles s’abstenir. Ses tournures de phrases et ses mises en situation – parfois morbides, souvent répulsives et étonnantes – nous amènent à réfléchir d’autant plus qu’un article de fond. L’humoriste brasse la cage de nos préjugés et l’exercice est fort salutaire.

« Le monde est tellement occupé à haïr les Arabes qu’il
ne lui reste plus de temps pour haïr les gais. »

En ce soir de première à Québec au Petit Champlain, l’humoriste avait souvent les yeux rivés sur son télésouffleur. Mais, bien honnêtement, on peut difficilement reprocher à un artiste qui offre des textes aussi denses et pertinents de trop s’appuyer sur ses écrits lors de sa première représentation publique. On s’imagine bien que le comédien maîtrisera rapidement son monologue et abandonnera sa béquille, mais, pour le moment, ce retour au télésouffleur créait un obstacle entre l’humoriste et le public qu’il faut noter.

« Ils puaient tellement qu’on avait l’impression
qu’ils avaient dormi dans la noune d’une fille du roi. »

Du gars de la construction au collectionneur d’huile d’olive en passant par les Saguenéens, les sportifs et les téléspectateurs de Décor ta vie, personne n’est épargné dans l’univers de Fabien Cloutier. Mais il avertit son public d’emblée : « Ça m’arrive de juger les autres », dit-il en début de spectacle. On ne peut donc pas dire que nous n’avons pas été avisés.

L’humoriste s’offre aussi régulièrement des embardées assez déroutantes. On s’efforce de le suivre dans ses délires, on intellectualise la chose et on se demande où il nous amène avec son Jaquelin et son chat Lolita ou avec son petit Maverick qui chante « Papaoutai » de Stromae devant les parents de son école primaire, mais la confusion finit par nous gagner et engendrer un laisser-aller salutaire, et nécessaire.

Fabien Cloutier désarçonne quiconque ose aller l’écouter s’assumer, et cette surprise est grisante, on vous le confirme.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis dix ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.

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