Unité 9 : « Là Danielle, trop c’est trop! »

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Unité 9

Les derniers évènements dans la vie de Marie ont engendré une métamorphose complète du personnage et les téléspectateurs, qui manifestent leur mécontentement de plus en plus vivement sur la toile, désertent les rangs peu à peu.

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ATTENTION! NOUS RÉVÉLONS DANS CET ARTICLE DES DÉTAILS IMPORTANTS SUR L’INTRIGUE. NOUS VOUS CONSEILLONS DE NE PAS ENTAMER VOTRE LECTURE SI VOUS N’AVEZ PAS VU L’ÉPISODE DU 20 OCTOBRE 2015.

Marie Lamontagne était un personnage très attachant, une mère aimante qui a décidé de prendre le blâme pour sa fille, qui venait d’assassiner froidement son grand-père incestueux. Le public québécois s’est rapidement attaché à cette femme d’une humanité sans borne qui faisait régner l’ordre parmi les détenus de Liettevielle. Au début de cette nouvelle saison, qui s’est amorcée à l’automne 2015, nous avons appris que les enfants de Marie étaient décédés dans un grave accident de voiture. Nous avons d’abord salué l’audace de l’auteure de la série Danielle Trottier, qui a osé éliminer deux personnages clés et ainsi chambouler l’intrigue de manière significative. Par contre, nous n’avions pas considéré l’impact que ces décès auraient sur la protagoniste d’Unité 9

Depuis le début de la saison, Marie se transforme progressivement en une tortionnaire sans pitié. Les premiers épisodes, qui nous laissaient entrevoir ce changement de comportement, passaient encore (nous avions d’ailleurs écrit un article à ce sujet), mais depuis deux semaines, les choses prennent une tangente rocambolesque et navrante. Marie, dans son deuil insoutenable, a décidé de devenir la vendeuse de drogues attitrée de Lietteville. Elle a fait déménager une détenue cubaine dont la fille, en liberté, fait du trafic de médicaments dans son unité, elle corrompt la pauvre Suzanne et la force à entrer du stock entre les murs de la prison, elle n’a plus d’empathie pour personne et exerce désormais un pouvoir incommensurable sur George en l’aguichant.

Narrativement parlant, nous pouvons comprendre les gestes de Marie : elle a tout perdu et s’effeuille progressivement de son sens moral. Elle n’est habitée que par la haine et le désir inassouvi de venger sa défunte fille qui, croit-elle, a été abusée sexuellement par son mari Benoît. Le problème n’est pas dans l’intrigue, il se situe plutôt au niveau de la transmission du message au public. Une série de ce type se doit d’avoir un protagoniste sympathique, ou du moins attachant, auquel les téléspectateurs peuvent s’accrocher. Marie était cet amarrage dont nous avions besoin. Les autres personnages pouvaient être complètement invraisemblables et odieux, tant que Marie nous tenait à flot. Maintenant qu’elle est devenue un tyran, elle nous est complètement antipathique et notre intérêt se dissout progressivement pour la série de Radio-Canada.

Danielle Trottier devra, pour re-convaincre les fans sur le point de déserter, justifier davantage cette méchanceté qui habite désormais Marie et la rendre, d’une façon ou d’une autre, à nouveau sympathique aux yeux des téléspectateurs. Peut-être qu’un revirement inattendu – du genre : Benoît Frigon a vraiment abusé de Léa (malgré ce qu’on tente de nous faire croire) et que cette colère intrinsèque de Marie était justifiée – pourrait ultimement sauver Unité 9 de l’exode de ses fans, mais il faudra certainement un changement de cap parce que, pour le moment, la migration des téléspectateurs vers Le Dôme (à TVA) est imminente.

Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis neuf ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.