Marche à l’ombre : Pas pour tout le monde

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Television
Rentrée télé 2015-2016

Si la télévision d’auteur existait, Marche à l’ombre ferait certainement partie de cette catégorie élitiste.

Des situations lourdes, des réflexions graves, des dialogues langoureux, une action lente et contemplative et une réalisation artistique. Francis Leclerc s’est offert le « trip » de réalisateur dont bien des metteurs en scène rêvent. Celui qui nous a donné le drame psychologique Mémoires affectives avec Roy Dupuis au début des années 2000 réalise un fantasme qui n’est offert qu’à la crème de la crème en télévision; une carte blanche qui plaira certainement à quelques téléspectateurs aguerris, mais qui éloignera sans doute les amateurs de L’auberge du chien noir.

Tournée comme un film, la série Marche à l’ombre fait définitivement figure d’extraterrestre au sein du paysage télévisuel québécois. Ses longs plans langoureux dans un silence insistant rappellent l’audace des cinéastes de répertoire. Évidemment, il y a une histoire, une quête, des adjuvants et des opposants, comme dans une fiction conventionnelle, mais Marche à l’ombre n’est pas tout à fait au même diapason que les autres dramatiques, et c’est excessivement déroutant.

Mais celle qui impressionne le plus au sein de la distribution de Marche à l’ombre, c’est Catherine Brunet. Enfin on offre à la petite Charlotte un rôle qui nous permet de constater l’étendue de son talent.

Ceci étant dit, il y a quelque chose de profondément intéressant dans une fiction légèrement décalée comme Marche à l’ombre. On ne saisit pas vraiment les intentions ni le caractère du personnage principal. Le premier épisode nous dévoile un évènement arrivé 14 mois auparavant, et celui-ci nous intrigue et nous donne l’envie d’en connaître davantage sur la criminologue tourmentée, jouée par Laurence Leboeuf. Cette dernière a l’habitude des filles tourmentée (au cinéma : Ma fille, mon ange, Story of Jen, Lac Mystère, La Petite Reine, à la télé : Les Lavigueur, la vraie histoire, Trauma, pour ne nommer que ceux-là). Elle livre ici une performance à la hauteur des attentes. Elle insuffle à son personnage exactement la bonne dose de folie et de sensibilité pour qu’on s’y attache et en réclame davantage.

Mais celle qui impressionne le plus au sein de la distribution de Marche à l’ombre, c’est Catherine Brunet. Enfin on offre à la petite Charlotte un rôle qui nous permet de constater l’étendue de son talent. Celle qui avait l’habitude de se faire offrir des rôles d’adolescentes interprète aujourd’hui une jeune adulte qui a fait l’armée et qui est persuadée que la réadaptation est une chimère. Un personnage fort et affranchi qu’elle incarne avec l’aplomb nécessaire.

On ne peut pas se permettre de se plaindre d’une télévision différente au Québec, mais il faut en être conscient : la nouvelle série de Super Écran ne s’adresse pas à tout le monde. Il faut savoir également que le format n’en est pas un conventionnel, chaque épisode dure de 48 à 54 minutes, sans publicité, semblable à ce qu’offre HBO.

D’un côté, une sexualité explicite, de l’autre, une violence graphique, Marche à l’ombre nous propose un produit déroutant, qui brasse la cage de la télévision conventionnelle.

La série sera présentée à Super écran 4 dès ce lundi 12 octobre à 21 h.

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Rentrée télé 2015-2016
Elizabeth Lepage-Boily Cinéphile et télévore depuis qu'elle a appris à faire fonctionner la télécommande, Elizabeth, critique et journaliste depuis neuf ans pour le site Cinoche.com, est persuadée qu'elle exerce le plus beau métier du monde. Auteure d'une série de romans jeunesse à succès (intitulée « Maude »), Elizabeth a bien l'intention de se dépasser et de partager ses passions et son amour des mots et des arts avec ses lecteurs, tous médiums confondus.